Régime turc

Les principaux soutiens comtois au régime de Recep Tayyip Erdoğan émanent de la diaspora turque, particulièrement structurée à partir des années 1990/2000 [1]. Cofondateur de « l’AKP » et Premier ministre de 2003 à 2014, il cumule ce poste avec la fonction de président, arrachée à partir de 2014. S’imposant comme l’homme fort du pays, il réalise en 2018 une large coalition conservatrice dite « alliance populaire » avec l’extrême droite. Autour d’un pouvoir autoritaire, nationaliste et islamiste, il fédère, y compris en Europe, un important réseau [2]. Localement, on retrouve cet ensemble sous le terme « d’islamo-nationalisme turc », incluant des organisations telles que les mosquées de la « Diyanet », la « Confédération Islamique Millî Görüş » (CIMG) ou encore les ramifications du « parti d’action nationaliste » (MHP) et des « Loups gris » [1].

Cette synergie a des répercussions concrètes dans le paysage social et politique, les tenant·e·s d’une même idéologie l’appliquant sur les secteurs de Belfort/Montbéliard, Besançon et du Haut-Doubs [1] : maillage territorial de dizaines de centres culturels et lieux de cultes partisans [1], présence de multiples listes communautaires aux élections promouvant ces valeurs [1], participation massive aux mouvements sociaux sous la bannière de l’islamophobie ou de la cause palestinienne [1], mais, aussi, gestion des bureaux de vote consulaires, démonstrations patriotiques récurrentes avec des centaines de manifestant·e·s [1], offensives y compris violentes à l’encontre de toute expression d’autodétermination kurde ou de revendication mémorielle arménienne [1], propos publics aux relents LGBT+phobes et/ou antisémites, etc [3] [4] [5] [6].

Quelques voix critiques et contestataires se font néanmoins entendre, pour s’élever face aux dérives dictatoriales et autres ingérences : mouvement kurde, descendant·e·s d’arménien·ne·s, fidèles alévis, minorité grecque, gauche turque et française [1], etc. Mais le « Raïs » séduit aussi une jeunesse « décoloniale » admirative de ses positions internationales, notamment à l’encontre d’Israël [7]. Un tropisme qui s’ajoute à certains opportunismes, à l’image de militant·e·s d’organisations associatives, syndicales et politiques, qui, au nom d’une prétendue « convergence des luttes », vont s’associer, en toute connaissance de cause, à des franges erdoganistes et/ou nationalistes, niant le génocide arménien et revendiquant la traque des activistes kurdes [8].

On en retrouve l’expression au sein des franges « rouges-brunes » et « confusionnistes » de « Palestine Amitié » et du « CVA-B », un cadre allant jusqu’à collaborer avec le site « Nouvelle Aube »/« Yeni Şafak » malgré son allégeance à Ankara et ses dérapages antisémites, négationnistes et LGBT+phobes [9]. L’extrême droite traditionnelle tente également de s’impliquer sur la question, détournant des problématiques parfois réelles pour justifier sa ligne xénophobe et islamophobe. Historiquement défavorable à l’entrée de cette nation au sein de l’Europe, le « Rassemblement National » (RN) s’est illustré par l’exploitation de fakes-news [10] ainsi que les actes d’un de ses ex-cadres ayant dégradé les mosquées « Diyanet » de Pontarlier et Montlebon [11].


Sources.

[1] Toufik-de-Planoise pour « Kawa-TV », édition du 12 novembre 2021 : « Les islamo-nationalistes de la diaspora turque s’organisent en Franche-Comté » (lien) ;
[2] Baptiste Muckensturm pour « France Culture », édition du 16 mai 2023 : « La diaspora turque en France vote Erdogan » (lien) ;
[3] Johan Weisz pour « StreetPress », édition du 16 novembre 2025 : « Le porte-parole de la Global Sumud Flotilla viré pour ses propos antisémites et homophobes » (lien) ;
[4] Caroline Coq-Chodorge pour « Mediapart », édition du 16 octobre 2025 : « Antisémitisme, homophobie, complotisme : un porte-parole de la flottille pour Gaza écarté suite à notre enquête » (lien) ;
[5] Émilien Urbach pour « l’Humanité », édition du 16 octobre 2025 : « Flottille pour Gaza : Un porte-parole exclu après des propos antisémites et homophobes » (lien) ;
[6] « Libération », édition du 16 octobre 2025 : « Point du jour – Trump menace « d’aller tuer » les membres du Hamas, dépouilles d’otages, « tourisme d’occupation »… L’actu au Proche-Orient de ce jeudi » (lien) ;
[7] Arianne Bozon pour « la Revue des Deux Mondes », édition du 1er novembre 2019 : « Erdoğan, nouveau « héros » des quartiers français » (lien) ;
[8] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 31 octobre 2025 : « À Besançon, un milieu pro-palestinien toujours rongé par l’extrême droite » (lien) ;
[9] Victor Mottin et Johan Weisz pour « StreetPress », édition du 2 mars 2026 : « Le média turc « Nouvelle Aube », entre soutien à l’extrême droite et conspirationnisme » (lien) ;
[10] Éléonore Tournier pour « l’Est Républicain », édition du 14 avril 2025 : « De « l’entrisme islamique » à l’école à Pontarlier ? L’imam et le rectorat démentent » (lien) ;
[11] Sophie Courageot pour « France 3 Franche-Comté », édition du 13 janvier 2022 : « Un ancien candidat du Rassemblement National avoue avoir tagué plusieurs mosquées et lieux musulmans dans le Doubs » (lien).