Empire Stérin

Dans la région, l’empire du milliardaire Pierre-Édouard Stérin s’incarne essentiellement à travers « La Nuit du Bien Commun » [1]. Il s’agit d’un fonds de dotation lancé à partir de 2017, qui organise des galas annuels de collecte à destination d’entités d’intérêt public triées sur le volet [1]. Mais, comme son fondateur, la structure s’avère résolument proche des milieux ultraconservateurs, catholiques traditionalistes et cercles d’extrême droite [2] [3] [4]. Installée au parc des expositions de Dijon depuis la première édition en 2023, la déclinaison locale de cette date agrège nombre de participant·e·s surtout bourguignon·ne·s et plus modestement comtois·e·s [1].

Au sein de cette dernière catégorie, on retrouve par exemple la « Banque Populaire BFC » en tant que financier [5] et « le Bien Public » comme partenaire [6] pour des bénéficiaires tels que « La Maison de Jeanne » [5] (aide à l’insertion, Territoire de Belfort), « Action Philippe Streit » [5] (aide à l’insertion, Doubs), « Remparts » [6] (restauration du patrimoine, BFC), « Tombée du Nid » [6] (aide à l’insertion, BFC), « Traces de vie » [6] (aide à l’insertion, FC), « Apach’évasion » [6] (aide à l’insertion, Doubs), « Casques Bleus » [6] (entreprenariat, FC). Si ces sociétés ne sont pas politiquement engagées, elles peuvent toutefois se voir entachées par ce mécénat sulfureux [1].

La mécanique interroge toutefois rapidement, entre le soutien singulier du diocèse ou le nom de lauréats controversés, à l’instar des « cafés Joyeux » [1] [7]. Particulièrement laudative et directement associée au projet pendant plus de deux ans, les titres du « groupe EBRA » finiront par se faire le relais du « malaise » suscité par les tenants et aboutissants [8]. Une controverse qui flambe sur tout le territoire, plusieurs voix affirmant que « nos associations ne sont pas à vendre » [9]. Mais qui, en Bourgogne, ne se limite pas à cette seule thématique, la construction d’un collège à Étang-sur-Arroux provoquant une levée de boucliers pour les mêmes raisons [10].

À partir de 2025, l’opposition va néanmoins commencer à s’organiser plus efficacement [1]. Dans plusieurs villes, un « front anti-Stérin » se met en place, avec des perturbations parfois significatives, incluant grèves de salarié·e·s, actions contestataires et cortèges parfois massifs [11]. Alors que, dans la capitale des ducs, environ de deux cents manifestant·e·s se réunissent pour protester contre la tenue de cet évènement [1] [12], la plupart des sponsors et candidat·e·s avaient préféré se retirer dès les mois qui précédaient [1] [13]. Si plus de 250 000 euros ont finalement été récoltés pour sept destinataires, cette fois, aucun récipiendaire strictement comtois ne sera noté [1].

Parallèlement, des interrogations ont émergé quant à la potentielle implantation d’un centre « Familya » à Besançon [14]. Car derrière la vitrine associative visant à accompagner les parents, jeunes et autres familles, diverses enquêtes notamment de « Médiacité » et de « la Rédac Pop » ont mis en lumière un ancrage dans les milieux traditionnalistes ainsi qu’un financement notamment assuré par Pierre-Edouard Stérin [15] [16]. Alors qu’un projet était également annoncé en Franche-Comté, les craintes ont été balayées en décembre 2025 quand la structure a communiqué que « les conditions n’ont pu être réunies pour permettre cette mise en œuvre » [14].


Sources.
[1]
Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 5 décembre 2025 : « Entre Dijon et la Franche-Comté, « la Nuit du Bien Commun » provoque une levée de boucliers » (lien) ;
[2] Camille Vigogne Le Coat pour « l’Express », édition du 23 février 2023 : « Pierre-Edouard Stérin, le milliardaire qui veut racheter Editis et évangéliser la France » (lien) ;
[3] Rozenn Le Carboulec pour « Médiapart », édition du 7 juin 2024 : « Conservatisme dur, initiatives anti-IVG : comment l’argent public finance des fonds anti-droits » (lien) ;
[4] « Lundi Matin », édition du 21 avril 2025 : « Fond, Nuit ou Maison du Bien Commun… une galaxie au service de l’extrême droite » (lien) ;
[5] Vannick Berton pour « le Bien Public », édition du 4 novembre 2023 : « Nuit du bien commun au parc des Expositions : une levée de dons unique pour des associations » (lien) ;
[6] Bertrand Lhote et Amandine Robert pour « le Bien Public », éditions du 1er au 10 novembre 2024 : « Nuit du Bien commun à Dijon : les lauréats 2024 » (lien) ;
[7] Juliette Rousseau pour « Basta », édition du 13 juillet 2020 : « Derrière les cafés Joyeux, la galaxie catholique réactionnaire » (lien) ;
[8] Guilhem George pour « le Bien Public », édition du 5 juin 2025 : « Nuit du bien commun : les associations face au malaise Pierre-Édouard Stérin » (lien) ;
[9] Inès Rochetin pour « France 3 Occitanie », édition du 26 mai 2025 : « « Nos associations ne sont pas à vendre » : la Nuit du Bien Commun sous le feu des critiques pour idéologie d’extrême droite » (lien) ;
[10] Gaël Simon pour « France 3 Bourgogne/Franche-Comté », édition du 24 juin 2025 : « Dans le Morvan, la construction d’un collège accusé d’être lié à l’extrême-droite traditionaliste vient de débuter : « Qu’on nous laisse nous installer » » (lien) ;
[11] Guillaume Bernard et Rozenn Le Carboulec pour « Basta », édition du 4 décembre 2025 : « Mobilisations anti-Stérin : une « diagonale de la résistance » s’élargit face à l’extrême droite » (lien) ;
[12] Olfa Ayed pour « France 3 Bourgogne », édition du 2 décembre 2025 : « La « Nuit du bien commun » à Dijon : quelle est la polémique autour de cet événement ? » (lien) ;
[13] Vincent Lindeneher pour « le Bien Public », édition du 21 novembre 2025 : « Ces associations ont quitté La Nuit du bien commun : « Nous ne pouvions pas nous permettre une polémique » » (lien) ;
[14] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 26 décembre 2025 : « À Besançon, le projet de « maison catholique » ne verra pas le jour » (lien) ;
[15]
Annabelle Martella pour « Médiacité », édition du 4 novembre 2025 : « Familya, l’association proche des anti‐IVG, soutenue par Pierre‐Edouard Stérin, la Région et… la métropole de Lyon » (lien) ;
[16]
Sebastien Fourrier pour « la Rédac Pop », édition du 12 décembre 2025 : « Les féministes se mobilisent contre Familya à Orléans » (lien).