Féminisme
À l’extrême droite, les droits des femmes et des minorités de genre sont souvent traitées de façon manichéenne et caricaturale. Que ce soit sur les Violences Sexistes et Sexuelles (VSS), l’éducation à la sexualité, ou l’égalité professionnelle, les principales formations concernées se distinguent par des propos, votes et programmes oscillant entre ambigüités et refus de toute évolution. Exemple à l’occasion de la constitutionnalisation de l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) en 2022 [1], où les trois députés « Rassemblement National » (RN) de la région se sont à l’époque partagés entre opposition (Géraldine Grangier, Émeric Salmon) et adoption (Antoine Villedieu).
Pendant central, l’adoption d’une vision nataliste basée sur un plan de la cellule familiale traditionnelle. La femme y est assignée dans son rôle d’épouse et de mère, fer de lance quant à l’élévation des prochaines générations. Si les centrales électoralistes restent prudentes dans leurs traductions néo-malthusiennes, certaines factions associées évoquent plus ouvertement ces projets ; proches des sphères lepénistes locales, on retrouve ainsi « les Téméraires », obsédé·e·s à l’idée de retrouver une France blanche par les naissances [2], ou la « Fraternité Saint-Pierre » (FSSP) [3], pour qui le message chrétien est synonyme de mariage et de descendance [4].
Une lecture religieuse loin de se limiter aux franges catholiques conservatrices, diverses structures comme « Alliance VITA » [4] ou « SOS Futures Mamans » [5] dispensant une doctrine analogue dans l’archidiocèse. Mais bien des congrégations s’inscrivent dans ce registre, notamment au sein de l’islamo-nationalisme turc ; si le « Parti d’Action Nationaliste » (MHP), « Millî Görüş » et « Diyanet » appliquaient, jusqu’alors, bureaucratie masculine, répartition genrée des tâches, séparation entre hommes et femmes y compris au-delà des offices, dans la communauté [6], l’émergence du « Parti Égalité et Justice » (PEJ), en 2015, entendait porter ces velléités sur la place publique [7].
Ces dernières années, une entente entre le « Rassemblement National » (RN) et « Némésis » [8] s’est également détachée autour de la rhétorique, dépourvue du moindre chiffre, attribuant agressions, viols et féminicides à des facteurs allochtones [9] [10]. Une théorie bancale reprise par Julien Odoul, Géraldine Grangier et Jacques Riccardetti fin 2025, affirmant que ces atteintes seraient donc essentiellement commises par des minorités ethnico-religieuses et/ou dans les quartiers prioritaires [9] [10]. Une saillie osée, quand on sait que les mêmes instances n’avaient pas hésité à investir un jeune responsable malgré sa condamnation pour de graves crimes en la matière [11].
Face aux bouleversements de la société, « masculinistes », « incels » et autres « antiféministes » et « anti-wokes » se retrouvent dans la nostalgie d’une époque fantasmée où le « sexe faible » aurait été « considéré » mais « à sa place ». Brodant, généralement, sur un passif relationnel dont l’étendue ne serait plus « raisonnable », l’apparence et le comportement individuel de beaucoup « inacceptables », les critères et l’exigence de couple excessifs, la propension massive à l’adultère et le recours au divorce banalisé. Un leitmotiv qu’on retrouve chez les jeunes, notamment à travers les réseaux sociaux, plusieurs influenceurs de la région faisant business de ce thème [12].
Énième front de discorde récurrent y compris à gauche, le traitement des minorités de genre et des travailleurs/travailleuses du sexe reste empreint de caricatures, de mépris et de rejet. Certes, ces dernières années, une évolution difficile mais notable est à relever, concernant les droits LGBT+, même si des réflexes problématiques demeurent [13]. Mais quelques voix, issues de cercles soixante-huitards, bourgeois et blancs, prônent un abolitionnisme violent qui dénie toute considération et légitimité aux prostitué·e·s. On les retrouve dans des associations, partis et syndicats, avec le soutien actif d’administrations, l’exemple du « mouvement le Nid » à Besançon étant un cas d’école [14] [15].
Sources.
[1] « Assemblée Nationale », « Analyse du scrutin n°629 – Deuxième séance du jeudi 24 novembre 2022 » (lien) ;
[2] Éléonore Tournier pour « l’Est Républicain », édition du 13 mars 2024 : « Faire des enfants pour lutter contre le grand remplacement : le projet des Téméraires en Bourgogne Franche-Comté » (lien) ;
[3] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 3 juillet 2024 : « Promoteur de la laïcité, le RN Thomas Lutz est en même temps le fidèle d’une église traditionaliste » (lien) ;
[4] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 9 août 2024 : « À Besançon, l’ombre persistante des anti-IVG » (lien) ;
[5] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 9 août 2024 : « SOS Futures Mamans, œuvre sociale ou lobby anti-IVG ? » (lien) ;
[6] Toufik-de-Planoise pour « Kawa-TV », édition du 12 novembre 2021 : « Les islamo-nationalistes de la diaspora turque s’organisent en Franche-Comté » (lien) ;
[7] Jérémy Chevreuil pour « France 3 Franche-Comté », édition du 17 mars 2015 : « Départementales : quel est ce parti Égalité et Justice, qui remet en cause la laïcité à la française ? » (lien) ;
[8] Alexane pour « MaCommune.info », édition 18 septembre 2025 : « Municipales à Besançon : le Rassemblement national et Némésis main dans la main pour soutenir Jacques Ricciardetti » (lien) ;
[9] Alexis Gaucher pour « France 3 Franche-Comté », édition du 15 novembre 2025 : « « Collabo » : après une séance sous haute tension au conseil régional, une élue RN dénonce une agression et des insultes » (lien) ;
[10] Martin Saussart pour « Hebdo 25 », édition du 24 novembre 2025 : « Municipales 2026 : près de 200 soutiens du Rassemblement national à la Malcombe » (lien) ;
[11] « Dijoncter », édition du 5 avril 2022 : « Jean-Baptiste Batifoulier, pointeur de son état » (lien) ;
[12] Margaux Nourry pour « Lyon People », édition du 1er mai 2025 : « Influenceurs lyonnais. Hugo Tournier, le bodybuilder sarcastique » (lien) ;
[13] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 5 mai 2024 : « Mobilisation inédite à Besançon, dénonçant l’offensive contre le droit des personnes trans’ » (lien) ;
[14] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 7 octobre 2024 : « Polémique autour d’un colloque sur la prostitution » (lien) ;
[15] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 22 novembre 2025 : « À Besançon, un 25 novembre particulièrement marqué par le deuil » (lien).

