Gestes
Contexte
En plus des images, de nombreux gestes sont ancrés dans les habitudes de l’extrême droite. Une manière de revendiquer une appartenance idéologique, de provoquer ou de discrètement attirer l’œil des initié·e·s. Certains gestes comme le « salut nazi » (ou « fasciste » (voir « romain », pour les milliardaires [1])) sont connus et parfois condamnés pénalement [2]. D’autres, comme la « quenelle » [3], sont plus spécifiques mais aussi relativement médiatisés. Enfin, quelques-uns sont suffisamment confidentiels ou discrets pour échapper aux regards inattentifs.
Salut de Kühnen
Pouce, index et majeur levés, aussi bien près du corps, très discret, que bras tendu, bien visible, ce « salut de Kühnen » (ou « à trois doigts ») est une forme alternative du « salut nazi » [4] [5] [6]. Bien que l’usage soit attesté dans des pratiques religieuses ou politiques antérieures [4], il fut néanmoins repris et popularisé par les militant·e·s néonazi·e·s allemand·e·s des années 1970 qui l’ancrent dans les pratiques gestuelles de l’extrême droite [4] [6]. En Franche-Comté, il apparaît lorsque divers groupuscules prennent la pose, adressent des menaces ou lancent des provocations.
White power
Comparable au signe « OK » des plongeurs avec le pouce et l’index joints et les autres doigts levés, il laisse aussi entrevoir les lettres « W » et « P », donnant ainsi pour certains une illustration au slogan suprémaciste « white power » (« WP », « pouvoir aux blancs ») [7] [8]. Ce signe, largement répandu dans toute l’extrême droite française, a notamment été repris par les terroristes Brenton Tarrant et Philip Manshaus [7] ou la présidente du « Rassemblement National » (RN) Marine le Pen [7] [9]. Localement, il fut, par exemple, réalisé par un membre de la « Cocarde étudiante » en marge d’un collage [10].
Quenelle, bozkurt, rabia…
On retrouve encore d’autres gestes spécifiques ou plus rares, souvent liés à des mouvances très resserrées. C’est le cas de la « quenelle » popularisée par Dieudonné, prétendument « anti-système » mais aux relents et portées antisémites explicites [3] [11] ; en Franche-Comté, un panel assez large de partisan·e·s s’est illustré en la réalisant, d’un gendarme du secteur, à des lycéen·ne·s, en passant par un cadre du « Front comtois » [12] [13]. Il y a également le « bozkurt » (ou « signe du loup ») populaire chez les ultranationalistes turcs/turques [14], qui fut interdit en Autriche et dans plusieurs localités allemandes [15] ; dans la région, il a été exécuté par des membres du « Parti d’action nationaliste » [16]. Plus récent, il y a enfin le signe de « rabia », pour les adeptes des « Frères musulmans » [17] ; localement, il a surtout été relayé par des islamistes sur les réseaux sociaux et lors d’évènements communautaires particuliers [16].
Illustrations locales








Sources.
[1] Alexis Magnaval pour « Radio France », édition du 25 janvier 2025 : « Salut nazi d’Elon Musk : le salut romain est une construction moderne » (lien) ;
[2] Jean-Philippe Deniau pour « France Inter », édition du 2 mai 2025 : « Un salut nazi en pleine audience : le prévenu revendique la liberté d’expression » (lien) ;
[3] « Le Monde », édition du 11 décembre 2013 : « « Quenelle », comment un geste antisémite est devenu un emblème » (lien) ;
[4] « Indextrême », fiche « salut de Kühnen » (lien) ;
[5] « Politis », édition du 6 décembre 2023 : « Ces saluts nazis qu’on ne veut pas voir » (lien) ;
[6] Clément Rabu et Marie Turcan pour « Mediapart », édition du 7 mars 2025 : « Le délégué national du mouvement étudiant UNI a le salut néonazi facile » (lien) ;
[7] « Indextrême », fiche « OK » (lien) ;
[8] Perrine Signoret pour Numerama, édition du 30 septembre 2019 : « Le geste « OK » fait désormais partie d’une liste de symboles considérés comme haineux » (lien) ;
[9] Tristan Berteloot pour « Libération », édition du 16 mai 2019 : « Photo de Marine Le Pen avec des suprémacistes blancs en Estonie : «Elle ne pouvait pas ne pas savoir» » (lien) ;
[10] Toufik-de-Planoise pour « Dijoncter », édition du 11 janvier 2023 : « Steven Fasquelle, dernier des mohicans Lepéniste » (lien) ;
[11] « Indextrême », fiche « quenelle » (lien) ;
[12] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 6 janvier 2025 : « Sur Belfort/Montbéliard, le groupuscule « Égalité et Réconciliation » annonce la tenue d’une conférence » (lien) ;
[13] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 6 décembre 2024 : « En Franche-Comté, un drôle de cinéma complotiste » (lien) ;
[14] « Indextrême », fiche « signe des loups gris » (lien) ;
[15] Thomas Ribaud pour « Marianne », édition du : « Brême interdit un geste pour ramener le silence en classe en raison de sa similitude avec celui des « Loups gris » » (lien) ;
[16] Toufik-de-Planoise pour « Kawa-TV », édition du 12 novembre 2021 : « Les islamo-nationalistes de la diaspora turque s’organisent en Franche-Comté » (lien) ;
[17] « France 24 », édition du 8 octobre 2013 : « Le « R4bia », signe de ralliement des Frères musulmans » (lien).

