Symboles nazis/néonazis

Contexte
En France, la diffusion de symboles nazis/néonazis est encadrée et leur exposition publique peut faire l’objet de poursuites pénales [1] [2]. Pourtant, militant·e·s d’extrême droite et adeptes d’idées néonazies diffusent ostensiblement ces symboles, sur des stickers et graffitis, mais aussi sur des vêtements ou des tatouages, repris, au-delà des groupuscules, par des membres de l’armée ou des forces de l’ordre [3]. Si le plus connu des symboles nazis reste la « croix gammée » (une « svastika » penchée à 45°), de nombreux autres symboles peuvent s’y rattacher, comme certaines « runes », la « totenkopf », le « soleil noir », la « croix celtique » ou encore le double « S » des « SS ».


La croix gammée et le sigle SS
La « croix gammée », symbole du nazisme et du IIIe Reich [4], reste souvent utilisée lors de dégradations ou de profanations, dans une perspective raciste, antisémite, islamophobe, ou pour promouvoir la race aryenne [5] [6]. Suivant cette logique, on retrouve également la double lettre « S » [4], en référence à la « Schutzstaffel » ou « SS » [4], occurrence parfois « cachée » dans des mots ou phrases plus longues, ou reprise avec une typographie qui se démarque, comme le style « gothique » [7] [8]. Davantage que la  « croix gammée », « SS » se retrouve tatoué chez certain·e·s militant·e·s, même si sa devise associée « Meine Ehre heißt Treue » (« Mon honneur, c’est ma fidélité ») est privilégiée, notamment pour sa discrétion [9] [10]. En Franche-Comté, ces usages restent généralement circonscrits aux éléments les plus radicaux, qui en abreuvent alors volontiers leurs réseaux sociaux, marquant encore un fort ancrage de l’imaginaire nazi dans des groupuscules qui ne s’en revendiquent pas toujours [10] [11].


La croix celtique
En France, la « croix celtique » est associée à de nombreuses organisations néonazies et suprématistes [4] : « Parti Populaire Français » (PPF), « Jeune Nation », le « Groupe Union Défense » (GUD), « Occident », « Ordre Nouveau », « l’Œuvre Française » (OF), ou récemment le « Comité du 9 Mai » (C9M) [12]. Localement, ce symbole est régulièrement repris en tatouages, stickers, tags, ou apposé à d’autres références par les militant·e·s d’extrême droite [12]. Il s’inscrit également auprès de certaines structures, à l’instar des « Ratons Nationalistes », « d’Active Club » ou brandi par des membres de « Vandal Besak » [11].


Le soleil noir
Symbole occulte strictement lié au IIIe Reich [4], le « soleil noir » est arboré par des militant·e·s néonazi·e·s sous la forme de tatouage ou ornant des drapeaux et logos de groupuscule d’extrême droite radicale [13]. Il fut localement employé par le groupe bourguignon « les Infréquentables », gravé sur l’épaule de deux militaires comtois liés aux « Vandal Besak » [10], le tee-shirt de membres du même groupe, les coudes de deux motards jurassiens, des stickers du groupe « Telegram » « Ouest Casual », ou sur l’avant-bras d’un ancien légionnaire inscrit dans un projet « survivaliste et patriote » [14].


La totenkopf
Insigne à la tête de mort, il était attribué à plusieurs divisions nazies sur le front ou dans les camps de concentration [4] [15]. On le retrouve aujourd’hui repris par des formations d’extrême droite comme « Combat 18 » [4], des groupes de motards, des supporters de football, mais aussi des militaires [10] [15]. En Franche-Comté, il est souvent utilisé sur les réseaux sociaux pour masquer le visage des militant·e·s d’extrême droite, comme cela a été mis en évidence avec le 35e régiment d’infanterie de Belfort [11]. On a pu l’apercevoir sur des emblèmes, stickers et visuels, plus rarement porté comme bague.


Runes et symboles nordiques
Pendant toute la période de développement du nazisme jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale, les runes, tout comme une partie de la mythologie nordique, ont fortement inspiré l’idéologie et les visuels nazis. Parmi les runes les plus employées, on retrouve  « Algiz », rune de vie et de mort [4] [16], « Odal », rune de la famille [4] [17], « Tyr/Tiwaz », rune de la guerre [4] [18] ; le « Valknut » est aussi souvent utilisé [19], tout comme le « Vegvisir » [20] ; le « crampon » ou « wolfsangel », symbole héraldique issu d’un détournement de la rune « Eihwaz », existe sous diverses formes proches les unes des autres [21]. En France, ces runes sont souvent associées à d’autres éléments, comme chez certains groupes de supporters/supportrices parisien·ne·s, dont le « Kop Boulogne » avec « tyr » [22] ou chez des policiers/policières [3] [23]. Localement, ces symboles apparaissent ponctuellement comme tatouages, ou, plus rarement, sur des tee-shirts et stickers, auprès de militant·e·s ou sympathisant·e·s d’extrême droite, néonazi·e·s ou suprémacistes.

Le nombre 14 suivi de 18 ou 88
Alors que  « 14 » peut faire référence à un slogan de quatorze mots attribué à David Lanewe must secure the existence of our people and a future for white children » ou « nous devons préserver l’existence de notre peuple et l’avenir des enfants blancs ») [4] [24], « 18 » et « 88 » font référence aux lettres « A » et « H » par leur position dans l’alphabet, ainsi « 18 » = « AH » et « 88 » = « HH » [4]. « AH » et « HH » sont des références à Adolf Hitler et Heil Hitler, usant de leurs premières lettres [4] [24]. Ces chiffres sont régulièrement utilisés par les suprémacistes blancs, certains groupes comme les « Zouaves » et plus largement par les néonazi·e·s [24]. On les croise localement via des « bio » sur « Instagram », ou des graffitis [25].


Illustrations locales

Doubs, août 2024. Un membre des « Vandal Besak » présentant des insignes nazis dans sa main.
Doubs, juin et novembre 2023. Membres des « Vandal Besak » et « d’Active Club », posant avec le drapeau nazi, un étendard frappé d’une « croix celtique », effectuant des « saluts fascistes », ou grimé d’une « totenkopf ».
Besançon-les Prés de Vaux, mars 2022. Membres des « Vandal Besak » posant devant un tag reprenant la devise « comtois rends-toi, nenni ma foi », où les « S » reprennent la typographie « SS ».
Doubs, août 2024. Un membre des « Vandal Besak » faisant un « salut de Kühnen » discret en posant avec un casque « SS » sur les réseaux sociaux.
Besançon-place Marulaz, novembre 2023. Le groupe « Vandal Besak » pose de nuit devant la librairie « l’Autodidacte », des membres effectuant un « salut nazi », un « salut de Kühnen » et tenant un drapeau à « croix celtique ».
Doubs, mai 2023. Les groupes « Vandal Besak », « Infréquentables Dijon », « Active Club », « Division Martel » et « Korrigan Squad » posant pour une journée de cohésion avec « croix celtique », « soleil noir », « saluts de Kühnen », « Hammerskins ».
Lieu inconnu, courant 2019. Un militaire originaire de Besançon, ancien membre du « Front Comtois », pose avec un tatouage visible de « soleil noir » sur l’épaule et la devise « SS » « Meine Ehre heißt Treue » sur le torse – « Médiapart ».
Besançon-la Gare-d’Eau, juillet 2023. Une série de stickers associés au groupe « Telegram » néofasciste « Ouest Casual » sont retrouvés, ici avec un « soleil noir ».
Alsace, 2023. Un ancien membre des « Vandal Besak » pose avec plusieurs runes nordiques, « tyr », « valknut », un « crampon », une « totenkopf », en tatouages ou sur son tee-shirt.
Alsace, 2023. Une proche des « Vandal Besak » pose avec des tatouages de « tyr », « crampon » et « valknut », alors que son masque est affublé d’un « soleil noir » et qu’elle porte un « kolovrat » en pendentif.
Besançon-la Butte, novembre 2022. « Croix gammée » et inscriptions « 14/88 – nazi » taguées dans un tunnel piéton.
Pays de Clerval, 12 novembre 2025. Un graffiti « 14/88 », derrière l’aubette d’un lycée.


Sources.
[1] Amandine Pinault pour « France 3 Normandie », édition du 17 septembre 2019 : « Objets nazis : peut-on les détenir, les exposer, les vendre, que dit la loi ? » (lien) ;
[2] Hien Letellier pour « Actu Juridique », édition du 3 novembre 2023 : « Interprétation stricte de l’article R. 645-1 du Code pénal ou l’assimilation impossible entre l’exposition de l’objet incriminé et la diffusion de son image » (lien) ;
[3] « Frustration Magasine », édition du 12 septembre 2023 : « Police : les tatouages de la haine » (lien) ;
[4] « LICRA », février 2016 : « Guide d’identification des symboles racistes, néo-nazis ou ultranationalistes » (lien) ;
[5] « Indextrême », fiche « croix gammée » (lien) ;
[6] Sarah Rebouh pour « France 3 Franche-Comté », édition du 3 juin 2022 : « Besançon : une plainte déposée pour une croix gammée et un tag raciste sur une affiche du candidat aux législatives Stéphane Ravacley » (lien) ;
[7] « Indextrême », fiche « SS » (lien) ;
[8] « Bibliothèque Nationale de France », « Les gothiques : quand la typographie rencontre le pouvoir » (lien) ;
[9] « Indextrême », fiche « Meine Ehre heißt Treue » (lien) ;
[10] Sébastien Bourdon et Matthieu Suc pour « Médiapart », édition du 8 juillet 2020 : « Des néonazis font carrière dans l’armée française » (lien) ;
[11] Par Christophe-Cécil Garnier pour StreetPress, 6 septembre 2023 « Drapeau nazi et appel à « nettoyer le pays », des militaires néonazis au régiment de Belfort » (lien) ;
[12] « Indextrême », fiche « croix celtique » (lien) ;
[13] « Indextrême », fiche « soleil noir » (lien) ;
[14] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 1er août 2025 : « Projet « survivaliste » et « patriote » à Fontain : face aux dénégations, nos réponses » (lien) ;
[15] « Indextrême », fiche « totenkopf » (lien) ;
[16] « Indextrême », fiche « algiz » (lien) ;
[17] « Indextrême », fiche « odal » (lien) ;
[18] « Indextrême », fiche « tyr/tiwaz » (lien) ;
[19] « Indextrême », fiche « valknut » (lien) ;
[20] « Indextrême », fiche « vegvisir » (lien) ;
[21] « Indextrême », fiche « crampon » (lien) ;
[22] Christophe-Cécil Garnier pour « StreetPress », édition du 29 septembre 2021 : « Néonazis au Parc des Princes : le Kop of Boulogne est-il en train de se reformer ? » (lien) ;
[23] Ricardo Parreira pour « Au Poste », édition du 11 mai 2024 : « Casquette SS à la Préfecture de Police de Paris, tatouage nazi à la municipale d’Orléans: les fachos ne se cachent plus » (lien) ;
[24] « Indextrême », fiche « 14/18 – 14/88 » (lien) ;
[25] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 14 novembre 2025 : « Dans le pays de Clerval, un symbole qui passe mal » (lien).