Détournements
Contexte Les références culturelles de l’extrême droite ne se limitent pas à un unique courant idéologique, mais sont le fruit d’un foisonnement d’objets culturels, populaires et idéologiques avec lesquels le rapprochement ne va pas toujours de soi. Qu’elles soient issues de l’histoire d’un territoire, d’une tradition ou d’un mode de vie, il est parfois nécessaire de bien comprendre les origines et les contextes d’utilisation de certaines références, pour en déceler les détournements parfois opérés.
La croix de Bourgogne Emblème d’origine bourguignonne, il s’agit d’une « croix de Saint André » rouge sur fond blanc, assortie de « nœuds de branche coupés ». D’abord porté par les ducs de Bourgogne, il fut également repris, par héritage, en Espagne, en Belgique et en Autriche ; ce fut, aussi, un symbole rexiste, notamment arboré par la « 28e division SS Wallonien » durant la Seconde Guerre mondiale [1] [2], mais aussi une caractéristique carliste, frange qui l’intégrera à l’idéologie franquiste [3] [4]. Localement, il a été repris dans le logo et la charte visuelle du « Front comtois », restant régulièrement brandi par des néonazis et identitaires locaux à l’occasion de manifestations [5].
La toile d’araignée Souvent présente sous la forme d’un tatouage au coude, la toile d’araignée revêt de nombreuses significations : pilier de bar accoudé au comptoir, prisonnier avec une longue peine, membre de la marine, etc [6]. Populaire dans les milieux ouvriers britanniques, elle a été reprise par les skinheads puis s’est petit à petit popularisée en dehors du Royaume-Uni [6]. C’est probablement par ce biais qu’elle a été reprise par certain·e·s militant·e·s de l’extrême droite française [6] [7] [8] sans que cet usage leur soit exclusif [6]. Plusieurs activistes comtois l’ont gravé sur leurs bras ou avant-bras, la plupart issus du « Front comtois », de la « Cocarde étudiante », de « Vandal Besak », ou néonazis/identitaires sans appartenances.
Les bras croisés Ce geste, poings fermés et bras croisés contre le corps, a priori banal et discret, a lui aussi été détourné par l’extrême droite [9] [10]. Popularisé par le gang suprémaciste et néonazi « Hammerskins », il est aussi quelque fois lié au mouvement « straight edge » qui, comme d’autres cultures populaires, a subi une réappropriation [9]. Dans la région, on retrouve son exécution lors de poses photo, à l’occasion d’une entrevue importante, à l’issue d’une rencontre sportive ou en marge d’une manifestation [5].
Illustrations locales







Sources.
[1] « Indextrême », fiche « croix de Bourgogne » (lien) ;
[2] Nicolas Lebourg pour « Mediapart », édition du 14 octobre 2018 : « Pourquoi le rexisme, ce fascisme belge, a toujours échoué dans les urnes » (lien) ;
[3] Stéphane Michonneau, « Franco. Le Temps et la légende », Flammarion, 2025, 368 pages, ISBN 9782080292155/2080292153 (extrait) ;
[4] Didier Corderot, octobre 2012 : « La Guerre d’Espagne racontée aux enfants et par les enfants dans les revues enfantines nationalistes (1936-1939) » (lien) ;
[5] Toufik-de-Planoise pour « Radio BIP/média 25 », édition du 16 août 2021 : « Pass sanitaire : à Besançon, les manifestants se désolidarisent d’un groupuscule néonazi » (lien) ;
[6] « Indextrême », fiche « toile d’araignée » (lien) ;
[7] « Mediapart », édition du 8 décembre 2021 : « Les néonazis dans l’armée française » (lien) ;
[8] « The times of Israël » avec AFP, édition du : 6 septembre 2018 : « Au procès Méric, le tatouage, entre symboles nazis et esthétique » (lien) ;
[9] « Indextrême », fiche « bras croisés » (lien) ;
[10] Frédérick Nadeau et Tristan Boursier pour « The conversation », édition du 5 novembre 2025 : « Active Clubs : le corps comme champ de bataille de l’extrême droite » (lien).

