Syndicalisme

Le syndicalisme a toujours été un domaine convoité par l’extrême droite, malgré des concrétisations peu fructueuses dans l’histoire. Au cœur d’une branche-mère issue de la tradition nationaliste, plusieurs organisations se sont ainsi attachées à inscrire la synthèse entre ordre réactionnaire et révolution sociale auprès des commerçant·e·s, à destination du patronat mais aussi dans des secteurs régaliens. Si diverses tentatives dédiées aux salarié·e·s sont à noter avec le « Parti National-Syndicaliste Français » (PNSF) ou « l’Union Générale des Travailleurs » (UGT), une incursion est surtout relevée à au milieu des années 1990 via les « Syndicats Front National » ; impulsés par Bruno Mégret avec des branches telles que le pénitencier, l’enseignement ou les transports, ces initiatives se solderont en quelques années par une complète disparition [1].

Ces fiascos n’empêcheront pas des centrales autonomes, comme la « Fédération Professionnelle Indépendante de la Police » (FPIP) et la « Coordination Rurale » (CR), ou des sections, à l’instar de « l’UNSA » dont un dirigeant comtois fut condamné pour avoir réalisé une croix gammée géante [2], d’afficher une sensibilité marquée. Mais, progressivement, c’est avec la « lepénisation des esprits » que cet outil de lutte va suivre le reste de la société [3] [4]. Ainsi, selon des études d’opinion, toutes les structures sont touchées par le phénomène, leurs adhérent·e·s étant jusqu’à 34 % à plébisciter une liste nationaliste aux élections civiles [5]. Illustration locale avec « Force Ouvrière » (FO), quand, à l’été 2024, l’Union du Doubs a appelé à « s’élever contre l’extrême droite », la quasi-totalité de ses composantes s’y sont opposées, évinçant ainsi la motion.

D’autres, encore, présentent un discours de façade parfaitement rôdé, mais s’avèrent en réalité bien moins fiables dans les actes. À Besançon, au milieu des années 2020, les polémiques entourant les dérives du « Collectif Palestine » et du « Collectif de Vigilance Antifasciste » (CVA-B), menés par des responsables « SUD/Solidaires » et de la « FSU », ont démontré, au sein de ces appareils, de véritables complaisances avec des éléments racistes, antisémites et LGBT+phobes [6]. Au point de voir, notamment, l’état-major de cette « Fédération Syndical Unitaire » (FSU), essentiellement composé d’enseignant-e-s, couvrir les brulots discriminatoires publiés par un intime de Farida Belghoul, dont le mouvement avait d’ailleurs pourtant traqué et menacé nombre de professeur·e·s pour la prétendue adoption de la « théorie du genre » dans les écoles [7].

Émergence du « collectif Racine » dans le professorat [8], associations de commerçant·e·s aux relents néo-poujadistes [9], antennes de « SOS Éducation » [10], du « Syndicat de la Famille » [11] ou des « Parents Vigilants » [12] liées à l’extrême droite, les déclinaisons sont multiples. Comme chez les étudiant·e·s, où une continuité appuyée est à noter désormais via « l’université Marie et Louis Pasteur » ; à la traditionnelle « Union Nationale Interuniversitaire » (UNI) montée en réaction à Mai 68 jusqu’alors omniprésente dans sa catégorie, s’est ajoutée la « Cocarde Étudiante » à partir des années 2020 [13]. Deux organes qui ne cachent pas une proximité significative avec leurs pendants politiques de « les Républicains » (LR), du « Rassemblement National » (RN) et de « Reconquête » (REC) [13], cumulant 15 % des voix parmi les « apprenant·e·s » [14].


Sources.
[1] Claire Gueulaud pour « le Monde », édition du 27 avril 2002 : « En 1996, l’échec d’une implantation à la RATP » (lien) ;
[2] Sophie Courageot pour « France 3 Franche-Comté », édition du 17 juin 2021 : « Belfort : ce que l’on sait sur ce policier qui aurait tracé une croix gammée sur le toit de la maison de son père » (lien) ;
[3] Bertrand Bissuel pour « le Monde », édition du 7 juin 2024 : « Pour contrer la montée du RN, les syndicats dressent de fragiles digues » (lien) ;
[4] Michel Noblecourt pour « le Monde », édition du 6 octobre 2023 : « Les syndicats, un rempart fragile contre l’extrême droite » (lien) ;
[5] Maryse Dumas pour « l’Humanité », édition du : « Les sympathisants d’un syndicat votent moins pour le RN que le reste de la France » (lien) ;
[6] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 31 octobre 2025 : « À Besançon, un milieu pro-palestinien toujours rongé par l’extrême droite » (lien) ;
[7] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 22 octobre 2024 : « Le Collectif Palestine de Besançon questionné sur ses complaisances antisémites » (lien) ;
[8] Maryline Baumard pour « le Monde », édition du 11 octobre 2013 : « Avec le collectif Racine, le Front national tente d’attirer à lui les enseignants » (lien) ;
[9] « Le Monde », édition du 27 août 2003 : « Pierre Poujade, fondateur de l’Union de défense des commerçants et artisans (UDCA) et du mouvement poujadiste » (lien) ;
[10] Coppélia Piccolo pour « Libération », édition du 14 février 2025 : « Non, les enfants ne recevront pas «une éducation à la sexualité» dès l’âge de 3 ans, comme l’affirme la porte-parole de SOS Education » (lien) ;
[11] Marie-Pierre Bourgeois pour « BFMTV », édition du 23 mars 2023 : « Pour ses 10 ans, la Manif pour tous devient le « Syndicat de la famille » » (lien) ;
[12] Mathilde Frénois pour « Libération, édition du 10 octobre 2023 : « Les « Parents vigilants », cheval de Troie d’Eric Zemmour à l’école : « L’objectif, c’est de rentrer et d’agir de l’intérieur » » (lien) ;
[13] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 14 mars 2025 : « À l’université Marie et Louis Pasteur, l’extrême droite en lice » (lien) ;
[14] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 4 avril 2025 : « Élections étudiantes à l’université Pasteur : Corpos et gauche dominent toujours, l’extrême droite emporte deux sièges » (lien).