Yassin Salhi

Yassin Salhi (né le 25 mars 1980 à Pontarlier, mort le 22 décembre 2015 à Fleury-Mérogis) est un djihadiste français.

Né dans un foyer de la diaspora maghrébine du Haut-Doubs, la mort de son père ouvrier et le retour de sa mère au pays le déstabilisent [1] [2]. Sa radicalisation est documentée dès le début des années 2000, alors qu’il a la petite vingtaine [1] [2] [3] [4] [5]. Il est pris sous l’aile de Frédéric-Jean Salvi dit « Grand Ali », prêcheur salafiste particulièrement influent dans la région [1] [2] [3] [4] [5], converti à l’islam en prison après une lourde condamnation pour « trafic de stupéfiants » en 2001 et fréquentant les cercles les plus rigoristes de la maison d’arrêt de Besançon-la Butte [2] [3] [4] [5]. Libéré en 2003, il s’illustre par un prosélytisme radical dans le sillage duquel évolue Yassin Salhi [1] [2] [3] [4] [5]. Les membres de la cellule sont alors fichés et suivis par le renseignement, qui relève de 2004 à 2006 une tentative de prendre le contrôle de la mosquée Philippe Grenier [1] [6] et des entraînements au combat dans les bois [5]. Le mentor accédera à la notoriété à partir de 2010, son nom étant cité dans diverses affaires d’attaques à l’explosif en lien avec « Al-Qaïda » ayant visé l’ambassade d’Indonésie à Paris [7] [8] ainsi que des cibles à Bali et Jakarta [2] [3] [4] [5]. Mais, interrogé en 2015 sur cet ensemble, Salvi reconnaît avoir simplement côtoyé plusieurs fidèles et condamne tout recours à la violence [5]. Après des études, Salhi se marie et devient père de famille [1]. Il vit à Planoise de 2011 à 2014 [2] [9] [10], faisant l’objet de signalements pour ses proximités avec les milieux islamistes et sa propension à parler de « jihad » [11] [12]. Il apparaît également dans la nébuleuse de « Forsane Alizza » [2], groupuscule armé connu pour ses relents antisémites, homophobes, misogynes, mais aussi pour ses connivences avec la mouvance catholique intégriste [13]. Il trouve un emploi de chauffeur-livreur en Isère mais, déjà considéré comme inquiétant, il va en effet projeter un attentat individuel ; le 26 juin 2015, il assassine son patron à l’arrière d’une camionnette, en l’étranglant, puis en le décapitant et enfin en mettant le tout en scène [14] [15]. Avant d’incendier des bombonnes de gaz, il réalise un selfie qu’il transmet à Yunes-Sébastien Voyez-Zairi, son « seul ami », originaire de Lure, parti en Syrie depuis plus d’un an [16] [17] [18]. Les circonstances exactes de leur encontre ne sont pas établies, mais il apparaît que Frédéric Jean Salvi, Yassin Salhi, Yunes-Sébastien Voyez-Zairi et Pierre Choulet, kamikaze ayant grandit à Port-sur-Saône, ont, tous les quatre, certes à des périodes différentes, fréquenté l’UFR-STAPS de Besançon, point commun jugé très troublant [19] [20]. Appréhendé par un pompier qui pensait intervenir sur un départ de feu, Salhi proclame le « takbir » mais se laisse finalement appréhender sans heurts [21] [22]. Son geste s’avère avoir été prémédité puisque des drapeaux frappés de la « chahada » déployés sur place avaient été achetés la veille [23], mais le déclencheur aurait été un différend survenu quelques jours plus tôt avec son employeur [24]. Les premières expertises évoquent d’ailleurs « un mouvement de vengeance personnelle », bien que s’inscrivant dans la « martyrologie radicale islamiste » [25]. L’instruction à peine lancée et une corrélation avec « Daech » déjà alléguée par le mode d’action [26], Yassin Salhi se suicide dans sa cellule de Fleury-Mérogis par pendaison le 23 décembre 2015 [27].


Sources.
[1] Emmanuel Fansten, Willy Le Devin et Hélène Sergent pour « Libération », édition du 26 juin 2015 : « Qui est Yassin Salhi ? » (lien) ;
[2] Soren Seelow pour « le Monde », édition du 27 juin 2015 : « Yassin Salhi, la surveillance en pointillé d’un salafiste trop discret » (lien) ;
[3] Willy le Devin pour « Libération », édition du 2 juillet 2015 : « Frédéric-Jean Salvi, l’endoctrineur salafiste de Pontarlier » (lien) ;
[4] Catherine Eme-Ziri et Pascal Schanébélé pour « France 3 Franche-Comté », édition du 27 juin 2015 : « Pontarlier : Yassin Salhi était très proche de Frédéric-Jean Salvi, recherché pour terrorisme » (lien) ;
[5] Yves Andrikian pour « l’Est Républicain », édition du 6 juillet 2015 : « Besançon : le « Grand Ali », les vérités d’un converti franc-comtois » (lien) ;
[6] « Le Temps », édition du 29 juin 2015 : « «Nos imams viennent d’ailleurs, ils ne parlent même pas français» » (lien) ;
[7] « Courrier International », édition du 19 août 2010 : « Un Français recherché pour terrorisme » (lien) ;
[8] « Le Point » avec « AFP », édition du 29 mars 2012 : « Bombe devant l’ambassade à Paris – L’Indonésie soupçonne « un groupe terroriste » en France » (lien) ;
[9] Y.A. pour « l’Est Républicain », édition du 30 juin 2015 : « Le discret Yassin Salhi à Planoise » (lien) ;
[10] Catherine Eme-Ziri pour « France 3 Franche-Comté », édition du 27 juin 2015 : « Planoise, là où habitait Yassin Salhi » (lien) ;
[11] Caroline Politi pour « l’Express », édition du 26 juin 2015 : « Attentat en Isère: le principal suspect, Yassin Salhi, père de trois enfants » (lien) ;
[12] « Le Parisien », édition du 27 juin 2015 : « Attentat en Isère : une voisine de Yassin Sahli avait alerté les gendarmes » (lien) ;
[13] « Le Monde » avec « AFP » et « Reuters », édition du 30 mars 2012 : « Forsane Alizza, un groupe dissous en février » (lien) ;
[14] Pierre Breteau et Alexandre Pouchard pour « le Monde », édition du 26 juin 2015 : « Suspect, victimes, motivations : ce que l’on sait sur l’attentat en Isère » (lien) ;
[15] Christophe Cornevin pour « le Figaro », édition du 26 juin 2015 : « Le scénario barbare de l’attentat de l’Isère » (lien) ;
[16] Nicolas Bastuck pour « l’Est Républicain », édition du 28 juin 2015 : « Le destinataire du selfie de Yassin Salhi : un autre Franc-Comtois » (lien) ;
[17] « Les Echos », édition du 29 juin 2015 : « Attentat en Isère : ce que l’on sait du destinataire du selfie de Yassin Salhi » (lien) ;
[18] Nicolas Bastuck pour « l’Est Républicain », édition du 29 juin 2015 : « Yunès V. Z. : de l’IUT de Besançon à Daech » (lien) ;
[19] Damien Poirier pour « MaCommune.info » avec « AFP », édition du 29 juin 2015 : « Qui Yassin Salhi a-t-il fréquenté en Franche-Comté ? » (lien) ;
[20] W.M. pour « 20Minutes », édition du : « Attentat en Isère: Les connexions djihadistes de Yassin Salhi » (lien) ;
[21] « L’Humanité », édition du 29 juin 2015 : « Le courage d’un pompier a évité le pire » (lien) ;
[22] Laure Dautriche et Louis Hausalter pour « Europe 1 », édition du 1er juillet 2015 : « Attentat en Isère : Hollande va rencontrer le pompier qui a neutralisé Yassin Salhi » (lien) ;
[23] « France 24 », édition du 27 juin 2015 : « Attentat en Isère : Yassin Salhi, un salafiste présumé au casier judiciaire vierge » (lien) ;
[24] Soren Seelow pour « le Monde », édition du 28 juin 2015 : « Attaque dans l’Isère : les motivations troubles de Yassin Salhi » (lien) ;
[25] « Le Figaro », édition du 20 septembre 2015 : « Décapitation en Isère : Yassin Salhi aurait agi « dans un mouvement de vengeance personnelle » » (lien) ;
[26] Virginie Salanson pour « France Bleu », édition du 30 juin 2015 : « Attentat en Isère : Yassin Salhi mis en examen et écroué » (lien) ;
[27] « Le Monde » avec « AFP » et « Reuters », édition du 23 décembre 2015 : « Yassin Salhi, l’homme qui avait décapité son patron en Isère, s’est suicidé en prison » (lien).