Anti-wokisme
La lutte contre le « wokisme » et/ou les « wokes » est devenue un étendard fourre-tout [1] dans les années 2010/2020 [2], adopté par un spectre large, surtout conservateur, qui entend dénoncer les voix portant ou incarnant une forte sensibilité quant à la justice sociale et aux droits des minorités [3] [4] [5]. Si ce terme « ne recoupe rien de cohérent ou d’unitaire » et est une construction « de la droite réactionnaire qu’elle a mis sur le marché des fantasmes politiques » [6] [7] [8], il est désormais un marqueur notable des discours, campagnes et programmes [9] allant du « Rassemblement National » (RN) [10] au « Parti Socialiste » (PS) [11] en passant par « Renaissance » (RE) [12].
Ce concept est aussi parfois visible, bien que de manière plus marginale, au sein d’une « gauche » dite « class first », qui récuse toute prédominance ou équivalence des considérations « sociétales » sur les visions « sociales » traditionnelles ; pour ses partisan·e·s, les discriminations sont consubstantielles voire exclusives au capitalisme, l’avènement d’un horizon égalitaire n’étant dès lors possible que par le renversement de ce dernier [13]. Indépendamment ou cumulativement, républicain·e·s universalistes et post-soixante-huitard·e·s versent même dans une franche hostilité, sur bien des questions, en particulier contre la notion d’intersectionnalité [14] [15] [16].
En Franche-Comté, on retrouve cette occurrence à travers les « stories » de la « Cocarde étudiante » [17], les posts « Facebook » d’élu·e·s lepénistes comme Géraldine Grangier, Matthieu Bloch ou Guillaume Bigot, les saillies de la droite « ultra » représentée par Jacques Grosperrin [18], Ludovic Fagaut [19] [20] ou Jean-Philippe Allenbach [21] [22], une part des journalistes de « l’Est Républicain » qui se distinguent avec leur traitement des mouvements sociaux [23], ainsi que via la macronie lors des municipales de 2026 avec Laurent Croizier (« MoDem ») dans sa lutte contre « l’écriture inclusive » [24] et Éric Delabrousse (« Horizon ») qui proclame son « rejet du wokisme » [25].
Sources.
[1] July Robert, « Le wokisme, la nouvelle panique morale à la mode », La Revue nouvelle, huitième numéro, 2022, pages 5, 6 et 7, DOI 10.3917/rn.228.0005 (lien) ;
[2] Ben Zimmer pour le « Wall Street Journal », édition du 14 avril 2017 : « ‘Woke,’ From a Sleepy Verb to a Badge of Awareness » (lien) ;
[3] Clément Viktorovitch pour « France info », édition du 19 octobre 2021 : « Le « wokisme » : une arme de disqualification massive » (lien) ;
[4] Albin Wagener pour « the Conversation », édition du 8 décembre 2021 : « Le « wokisme » ou l’import des paniques morales » (lien) ;
[5] Sharon Houri pour « Mr Mondialisation », édition du 13 janvier 2024 : « « Wokisme » : le fantasme réac pour rester dans le déni » (lien) ;
[6] Frédéric Lordon pour « Ballast », édition du 18 novembre 2021 : « La multitude mobilisée en masse est l’unique solution » (lien) ;
[7] François Cusset sur « France Culture », émission du 11 juin 2022 : « Qu’est-ce que le wokisme ? » (lien) ;
[8] Cyprien Caddeo pour « l’Humanité », édition du 2 mai 2024 : « Alain Policar : « Les conservateurs nomment “wokisme” tout ce qu’ils n’aiment pas » » (lien) ;
[9] Nicolas Truong pour « le Monde », édition du 23 juin 2023 : « Le « wokisme », déconstruction d’une obsession française » (lien) ;
[10] Élodie Forêt pour « France Inter », édition du 12 avril 2023 : « Le RN lance une association pour combattre « le poison wokiste » qui met en « danger la civilisation » » (lien) ;
[11] Lucie Delaporte pour « Médiapart », édition du 9 juillet 2024 : « Comment le Printemps républicain a œuvré à la montée de l’extrême droite » (lien) ;
[12] Marie-Amélie Lombard-Latune pour « l’Opinion », édition du 19 juillet 2021 : « Les coulisses de l’opération Blanquer contre le wokisme » (lien) ;
[13] Salomé Bouché-Frati pour « Silogora », édition de septembre 2023 : « Aux croisements des exploitations. Pour une analyse intersectionnelle des rapports de production » (lien) ;
[14] « Courrier international », édition du 14 avril 2024 : « Le wokisme, un mouvement tellement français » (lien) ;
[15] Marc-Olivier Bherer pour « le Monde », édition du 1er juin 2023 : « La sociologue Nathalie Heinich cherche à impulser un « antiwokisme de gauche » » (lien) ;
[16] « France info », édition du 28 mars 2024 : « “Je pense qu’on doit être anti-woke quand on est de gauche aujourd’hui” explique la politologue Chloé Morin » (lien) ;
[17] « Collectif Antifasciste de Besançon », édition du 5 janvier 2022 : « À propos de la section bisontine de la Cocarde Étudiante » (lien) ;
[18] Anthony Rivat pour « l’Est Républicain », édition du 3 février 2022 : « Pour le sénateur Grosperrin, le wokisme est un « nouveau terrorisme intellectuel » » (lien) ;
[19] « Direction de l’Administration – ville de Besançon », séance du 8 décembre 2022 : « liste des délibérations du conseil municipal » (lien) ;
[20] S.M. et M.C. pour « l’Est Républicain », édition du 29 novembre 2021 : « « Fantastique décembre » : stérile, la polémique autour des festivités de Noël prend une ampleur nationale » (lien) ;
[21] E.T. pour « l’Est Républicain », édition du 12 décembre 2022 : « Besançon : Allenbach is back ! Tremble, woke… » (lien) ;
[22] Philippe Sauter pour « l’Est Républicain », édition du 9 février 2023 : « La permanence d’Allenbach taguée » (lien) ;
[23] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 13 décembre 2024 : « Sur une cause féministe, « l’Est Républicain » se prend les pieds dans le tapis du mansplaining » (lien) ;
[24] A.G. pour « l’Est Républicain », édition du 28 janvier 2026 : « Cachez ce point que je ne saurais voir : Laurent Croizier promet de bannir « les communications écrites en écriture inclusive » » (lien) ;
[25] Anthony Georges pour « l’Est Républicain », édition du 10 février 2026 : « À la rencontre des candidats à Besançon : Éric Delabrousse, l’outsider qui veut bousculer le monde politique » (lien).

