Les Républicains

L’histoire de la droite parfois dite « classique » ou de « gouvernement » est une éternelle cohabitation entre libéralisme économique et conservatisme social, ouvrant surtout la porte à des tentations réactionnaires en particulier avec la « lepénisation des esprits » observée ces dernières années. Immigration qualifiée « d’invasion » par Valéry Giscard d’Estaing, propos de Jacques Chirac sur « le bruit et l’odeur », « discours de Dakar » affirmant que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire » par Nicolas Sarkozy, en sont autant d’exemples connus. Localement, aussi, les dérives ne cessent de gagner du terrain, de « la Manif pour Tous » dans les années 2010 aux récents rapprochements sémantiques puis concrets avec le « Rassemblement National » (RN).

En Franche-Comté, les exemples sont trop nombreux pour être cités. Mais si la grande majorité des référent·e·s « les Républicains » (LR) s’est opposée au virage incarné par Éric Ciotti, beaucoup se retrouvent désormais dans la figure de Bruno Retailleau. Dont Annie Genevard, maire de Morteau (Doubs), députée du Doubs, secrétaire générale du parti, ou encore vice-présidente de l’Assemblée nationale, devenue ministre de l’agriculture sous François Bayrou. Cadres sur l’accueil des « gens du voyage » [1], enseignement de la langue arabe [2], danses folkloriques et drapeaux étrangers lors de mariages [3], constitutionnalisation de l’IVG [4], promotion du couscous par un acteur métisse [5], furent autant de thématiques pour lesquelles l’intéressée a exprimé une opposition.

Sur Besançon, c’est Ludovic Fagaut, élu aux conseils départemental et municipal, qui multiplie les polémiques : participation à un cortège incluant des néonazis [6], exhortation à « respecter » les électeurs/électrices « Front National » (FN) [6], compagnon·ne·s abonné·e·s à « FdeSouche » [6], controverse bidon accusant la municipalité de vouloir censurer Noël [7], ou participation aux dénigrements d’une statue de Victor Hugo jugée « trop noire » qui a enclenché une récupération ultranationaliste [8]. À Belfort, le premier édile Damien Meslot n’est pas en reste : magistrat·e·s qualifié·e·s de « gauchos de merde » [9] et de « juges rouges » [10], attaques politiquement motivées de contenus pédagogiques [11], proximités avec le syndicat « UNI » [12], etc.

D’autres ne prennent plus de gants, assumant « l’Union des Droites pour la République » (UDR). On y retrouve, notamment, Michel Chaudot, ancien responsable « LR » de la Haute-Saône [13], Christophe Froppier, adjoint au maire de Montbéliard sur le Doubs [14] ou encore Patrick Forestier, ex-candidat « gaulliste » dans le Territoire de Belfort [15]. Illustration de cette nouvelle synergie, l’élection de Matthieu Bloch comme député de la troisième circonscription du Doubs sous cette étiquette [16] [17]. Un plébiscite pour celui qui était alors maire de Colombier-Fontaine et numéro deux du parti juste derrière Annie Genevard [17], militant pour cette double investiture qu’il obtient de fait puisque « les Républicains » ne présenteront personne face à lui [18].


Sources.

[1] Damien Poirier pour « MaCommune.info », édition du 9 octobre 2015 : « Gens du voyage : Annie Genevard déplore le refus du gouvernement de débattre » (lien) ;
[2] Céline Hussonnois Alaya pour « BFMTV », édition du 26 mai 2016 : « Najat Vallaud-Belkacem répond vertement à une députée contre l’arabe à l’école » (lien) ;
[3] Suzana Nevenkic et Jade Toussay pour « le Huffington Post », édition du 1er juillet 2021 : « Dupond-Moretti envoie valser cette députée et sa proposition sur les célébrations de mariage » (lien) ;
[4] Xavier Regnier pour « 20Minutes », édition du 22 septembre 2024 : « Gouvernement Barnier : Retailleau, Garnier… Qui sont les ministres qui ont voté contre l’IVG dans la Constitution ? » (lien) ;
[5] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 17 avril 2025 : « Figure comtoise de la droite, la ministre Annie Genevard se prend (encore) les pieds dans le couscous » (lien) ;
[6] Toufik-de-Planoise pour le blog de « Factuel.info », édition du 25 juin 2020 : « Ludovic Fagaut : de la critique de l’extrême gauche à une accointance avec la droite ultra ? » (lien) ;
[7] M.C. pour « l’Est Républicain », édition du 19 novembre 2021 : « Fêtes de fin d’année : à Besançon doit-on dire Noël ou Fantastique décembre ? » (lien) ;
[8] Ludovic Fagaut, publication « Facebook » du 19 novembre 2022 (lien) ;
[9] « Le Monde », édition du 20 février 2009 : « Un député UMP condamné pour outrage à magistrat » (lien) ;
[10] Claire Courbet pour « France 3 Franche-Comté », édition du 8 février 2018 : « Belfort : la CEDH confirme la condamnation pour outrages à magistrats de Damien Meslot » (lien) ;
[11] Nicolas Joly et Christophe Beck pour « Ici Besançon », édition du 6 mars 2025 : « Le maire de Belfort « outré » par un atelier dans un collège, l’intervenante dénonce une « campagne de désinformation » » (lien) ;
[12] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 14 mars 2025 : « À l’université Marie et Louis Pasteur, l’extrême droite en lice » (lien) ;
[13] « L’Est Républicain », édition du 8 décembre 2024 : « Michel Chaudot, nouveau référent départemental de l’Union des droites pour la République » (lien) ;
[14] Sam Bonjean pour « l’Est Républicain », édition du 8 septembre 2025 : « Christophe Froppier conduira-t-il la liste RN à Montbéliard ? » (lien) ;
[15] Pascal Chevillot pour « l’Est Républicain », édition du 18 mai 2021 : « Départementales 2021 : Hélène Sacksteder et Patrick Forestier, candidats » (lien) ;
[16] Sam Bonjean pour « l’Est Républicain », édition du 19 juin 2024 : « Matthieu Bloch (LR) à bloc derrière Ciotti dans la 3e circonscription du Doubs » (lien) ;
[17] Jérémy Chevreuil pour « France 3 Franche-Comté », édition du 13 juin 2024 : « Législatives 2024. « Ça va être la scission » : Matthieu Bloch sera le candidat Les Républicains soutenu par le RN dans la 3ᵉ circonscription du Doubs » (lien) ;
[18] Nicolas Joly pour « France Bleu », édition du 12 juin 2024 : « Législatives 2024 : un accord entre LR et le RN dans la 3e circonscription du Doubs » (lien).