Musique
La sphère musicale a toujours été particulièrement investie par l’extrême droite, en particulier à travers les tendances « Rock Anti-Communiste » (RAC), « Rock Identitaire Français » (RIF) et « National Socialist Black Metal » (NSBM). On en retrouve des déclinaisons concrètes en Franche-Comté dans les années 2010, à travers la polémique « Burn the Rubber » sur Morteau [1] ou un concert néonazi organisé à Valentigney par des pontes du « Front Comtois » [2] [3]. Plus récemment, la controverse touche davantage certains labels et festivals.
Dans la région, quelques patronymes impliqués sur la scène néofasciste. Encore discrète, « Oliferne » est aujourd’hui la seule référence comtoise « NSBM » active [4]. Elle fut fondée dans le Haut-Jura en 2019 par Alexis L., membre des « Vandal Besak » (VDL BSK) [5] cité dans plusieurs affaires de violences politiques et racistes en 2021-2025. C’est un partenaire de « Black Shadow Legions » [6] lancée en parallèle par son ami Lucas F., lequel propose des supports et produits dérivés tels que « Genocide Kommando », « Graveland », « Thor’s Hammer »…
Surtout établis dans le nord Franche-Comté, plusieurs membres de la famille B. ont été repérés au sein du « Front Comtois » [7]. Trois d’entre eux sont également engagés depuis des décennies dans le milieu, Nicolas, Abel et Olivier, étant passés par une multitude de groupes ouvertement identitaires [7] [8]. Alors que le premier a été condamné en 2024 pour d’énièmes violences avec les « Vandal Besak », les deux derniers furent à la tête « d’Autarcie », entre 2006 et 2022, affichant dix albums, aux titres comme « Sequania » ou « Defend Europe » [8].
Un distributeur très ouvert. Près de Lons-le-Saunier, on trouve le label « Forgotten Wisdom Productions » depuis 1999 [9]. La société a produit ou distribué une soixantaine d’artistes, souvent de niche, dont des ensembles nettement nationalistes, antisémites et néonazis, comme « Armageddon », « Bömbers », « Infernal Necromancy », « Inferno », « Jerusolima Est Perdita », « Pogrom », « Tragedy Begins », « Vilifier », ou encore « Wintergewitter » [9]. Mais, en 2024, il est épinglé via la chaîne « ABC » pour des noms bien plus connus [10].
Outre « Spear of Longinus » considéré comme tête de gondole du « NSBM » en Australie [10], on relève également « Goatmoon » en Finlande, « Nordreich » en Allemagne, « Dark Fury » et « Graveland » en Pologne… Le créateur et dirigeant de la plateforme se nomme Thomas B., il officie comme cadre à l’office du tourisme départemental et conseiller municipal à Frontenay (Jura). Interrogé sur la nature de ses activités, il plaidera la « liberté artistique » en se dépeignant comme « hors de tout cadre politique ou de prosélytisme » [10].
Fan-club et bras-tendus en punk/oï. Entre 2012 et 2023 dans le Pays de Montbéliard, apparaît le groupe « Riot Krew ». Si la troupe promettait une inscription skinhead classique, elle va progressivement cultiver les ancrages et amitiés nationalistes et les performances « RAC » [11]. Ses membres se produisent alors à des soirées néonazies, comme le 24 juillet 2021 à Quimper et le 18 février 2023 à Chambéry [12] [13]. Dans la première, elle se joignait ainsi à « Match retour » [14] et « Mauvais Troquet », pour l’inauguration d’un local breton.
Une date qui a embarqué une bonne partie de la mouvance locale, désormais plus encline aux déplacements face à l’interdiction croissante de leurs sauteries maison [15]. Depuis, la plupart des partisans des « Vandal Besak » se sont transformés en hommes-sandwichs, étalant ainsi les couleurs de ce trio musical sur leurs tee-shirts d’apparats dédiés aux manifestations [16]. La bande semble toutefois en sommeil depuis 2023, année où elle fut interdite de jouer en Bretagne, étant épinglée pour l’usage de la « sieg rune » dans son logo [17].
Toujours sur Montbéliard, un cas d’école rock. Créée en 2008, l’association « la Horde Sequane » a organisé des festivals à « l’Atelier des Môles ». Mais, à partir de 2022, son président et le reste de la structure sont mis en cause pour leur promotion d’artistes contestés [18] [7], leurs proximités avec Serge Ayoub et la famille B. citée ci-avant [7], l’emploi de néonazis [7], ou la publication de propos racistes [7]. Désormais reléguée de Franche-Comté, la plateforme poursuit ses activités en Suisse ou des problématiques analogues ont été observées [7].
Même au sein d’institutions bien installées, l’invitation de certain·e·s artistes n’est pas exempte de graves tensions. Illustration lors de l’édition 2025 des « Eurockéennes de Belfort », quand ce festival majeur entendait convier le rapeur « Freeze Corleone » malgré la somme de textes antisémites, homophobes ou faisant l’apologie du IIIe Reich et du terrorisme qui lui sont reprochés [19]. Sa venue sera finalement interdite par la préfecture et la justice [20], déclenchant la colère de son président, Matthieu Pigasse, dénonçant une atteinte à la liberté d’expression [21].
En Haute-Saône, une réaction salvatrice. Alors que le département est l’un des plus favorables aux idées lepénistes, certaines institutions n’en sont pas moins décidées à affirmer ouvertement des valeurs d’ouverture et de tolérance. Le 11 octobre 2025, à la « SMAC » de Scey-sur-Saône-et-Saint-Albin, près de Vesoul, une soirée « black metal » est organisée avec le groupe « Gaulhammer » en tête d’affiche [22] [23]. Mais un petit groupe de néonazis s’y illustre, affichant leurs tatouages soleil noir, croix celtique, ou SS [22] [23].
Si la direction ne réagit pas sur le moment, elle publie un communiqué très clair sur la situation. Celui-ci affirmant, notamment : « Cet évènement défendait une programmation exigeante, qui ne reflète pas ces valeurs. Les musiques extrêmes appartiennent à celles et ceux qui les vivent comme des espaces de liberté, de créativité et de résistance. Nous refusons catégoriquement que des symboles de haine, de racisme ou d’exclusion pénètrent dans nos murs. Notre projet culturel est engagé du côté de l’ouverture, de la diversité et du respect » [22] [23].
Sources.
[1] « Le Parisien », édition du 22 novembre 2012 : « Un groupe candidat accusé de racisme » (lien) ;
[2] « Le Progrès », édition du 18 mars 2011 : « Interdiction d’un concert néonazi prévu en Franche-Comté » (lien) ;
[3] « L’Est Républicain », édition du 18 mars 2011 : « Concert néonazi en Franche-Comté : le « cache cache » continue » (lien) ;
[4] « Oliferne », fiche de « l’Encylopaedia mettalum » (lien) ;
[5] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 13 mai 2024 : « Une délégation comtoise identifiée dans un défilé néonazi, ce week-end à Paris » (lien) ;
[6] « Black Shadow Legions », fiche de « l’Encylopaedia mettalum » (lien) ;
[7] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 31 juillet 2024 : « Propos racistes, concert chez Ayoub, sécurité confiée à des néonazis… la Horde Sequane et son président, rattrapés par leurs démons » (lien) ;
[8] « Autarcie », fiche de « l’Encylopaedia mettalum » (lien) ;
[9] « Forgotten Wisdom Productions », fiche de « l’Encylopaedia mettalum » (lien) ;
[10] Mathus Granger pour « l’Est Républicain », édition du 2 juin 2024 : « Un groupe de métal australien néonazi produit par un petit label du Jura » (lien) ;
[11] « Renversé », édition du 15 février 2019 : « Quand la zone grise bascule dans la propagande nationaliste et le sexisme » (lien) ;
[12] Maxime Macé et Pierre Plottu pour « Libération », édition du 27 février 2023 : « En Savoie, un concert nazi organisé au nez et à la barbe des autorités » (lien) ;
[13] Théa Émeriaud pour « La Lettre du Musicien », édition du 1er mars 2023 : « Gérald Darmanin interdit des concerts néonazis » (lien) ;
[14] Tanguy Ollivier et Malik Kebour pour « la Montagne », édition du 11 octobre 2024 : « Black Metal néonazi, rap identitaire, rock anti-communiste… Dans la playlist des droites radicales » (lien) ;
[15] « Le Trois », édition du 24 février 2023 : « Le Territoire de Belfort et Haute-Saône interdisent un concert néonazi le 25 février » (lien) ;
[16] Toufik-de-Planoise pour « radio BIP/média 25 », édition du 16 août 2021 : « Pass sanitaire : à Besançon, les manifestants se désolidarisent d’un groupuscule néonazi » (lien) ;
[17] Valentin Davodeau et Stéphanie Hancq pour « Ouest France », édition du 16 novembre 2023 : « Des soirées néonazies dans la campagne de Rosporden » (lien) ;
[18] Toufik-de-Planoise pour « radio BIP/média 25 », édition du 27 septembre 2022 : « Références néonazies, labels antisémites, paroles suprématistes… à Montbéliard, la programmation du « Sequane Fest » fait polémique » (lien) ;
[19] Rachel Noël pour « Ici/France Bleu », édition du 4 juillet 2025 : « Eurockéennes de Belfort : interdiction de concert confirmée pour le rappeur Freeze Corleone » (lien) ;
[20] Guillaume Erner pour « radio France », édition du 18 septembre 2020 : « Faut-il parler du rapper antisémite « Freeze Corleone »? » (lien) ;
[21] Eva Chibane pour « le Trois », édition du 6 juillet 2025 : « Eurockéennes : Matthieu Pigasse règle ses comptes sur la liberté artistique » (lien) ;
[22] D.F. pour « l’Est Républicain », édition du 16 octobre 2025 : « « Pas de ça chez nous » : ferme mise au point d’Echo System après l’infiltration de néonazis dans un concert de black metal » (lien) ;
[23] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 18 octobre 2025 : « À Scey-sur-Saône, la nécessaire mise au point sur les « musiques extrêmes » » (lien).

