Question israélo-palestinienne
L’implication des milieux et militant·e·s d’extrême droite au sein de la cause palestinienne est ancienne, la plupart considérant dès les années 1960 qu’il était tactiquement opportun de soutenir les forces du « tiers-monde » exprimant une potentielle opposition aux influences états-unienne, soviétique et sioniste [1]. Le cas le plus emblématique est celui des « Brigades européennes » fondées par le collaborationniste Jean Thiriart, ayant pour martyr un certain Roger Coudroy, effectivement tombé au combat en 1968 auprès du « Fatah » [1]. Si cet épisode provoquera peu de retombées concrètes, ces idées auront une postérité auprès de mouvements contemporains [1].
C’est le cas du « Groupe union défense » (GUD) et de ses ramifications du « Bastion social », qui continue d’afficher cette ligne d’autant plus depuis la guerre de Gaza engagée en 2023 [1] [2] [3]. Émanation de ce groupuscule, « Égalité et Réconciliation » (E&R) reprendra cette revendication, notamment en Franche-Comté avec le slogan « depuis 2007 aux côtés des palestiniens » [4]. Bien plus populaire notamment auprès des jeunes racisé·e·s, ses partisan·e·s tentent régulièrement d’étaler leurs concepts lors de mouvements sociaux comme durant les manifs hebdomadaires à Besançon où des citations de Dieudonné ou de « Kontre-Kulture » ont été relevées en 2024 [5].
Mais la convergence va parfois au-delà d’évocations aussi criardes, puisqu’elle implique également des « conspis/confus » et des réactionnaires religieux. À Lons-le-Saunier, Belfort/Montbéliard et surtout Besançon, on retrouve ainsi, côte-à-côte, des représentant·e·s de partis et syndicats, attaché·e·s aux thèses « anti-impérialistes » d’un Michel Collon [5], pour qui l’Irak d’Hussein, la Libye de Kadhafi ou la Syrie d’el-Assad étaient des modèles de résistance et de liberté, ainsi que des dignitaires musulman·e·s, ancrés dans les cercles du « Millî Görüş » et des « Frères Musulmans », oscillant entre lecture d’un axe « américano-sioniste » et références nettement antisémites [5] [6].
Au contraire, mouvance identitaire, « Reconquête » (REC) et « Rassemblement National » (RN) rejettent fermement cette sensibilité [1] [3]. Avec la droite et une partie du centre, le régime Netanyahou est ici vu comme le rempart d’un conflit civilisationnel contre l’islam(isme) [1] [3]. Un renversement historique, au point que Lepénistes et Zemmourien·ne·s furent accueillis à bras ouverts lors de la « marche contre l’antisémitisme » du 12 novembre 2023 à Besançon [7] [8]. Cette synergie de circonstance perdurait à nouveau lorsque Anne Vignot hissait un étendard palestinien municipal à l’été 2025, provoquant un front hétéroclite allant de « Némésis » au « Parti Socialiste » (PS) [9].
Chez les autres soutiens acharnés à faire taire toute critique visant Israël, les initiatives sont surtout individuelles ou groupusculaires, mais ficelées. Dans les années 2010, on relevait, notamment, les actions du hackeur Grégory Chelli [10] [11], ainsi que la trace de la formation terroriste « Ligue de Défense Juive » (LDJ) [12]. Avec le génocide à Gaza perpétré à partir de 2023, des « sionistes » vont également s’employer aux intimidations, menaces, harcèlement, comme en septembre 2025 à Besançon contre un journaliste de « Hebdo 25 » [13] [14] ou en décembre 2025 dans le Jura, où une militante pour la Palestine voit son domicile régulièrement dégradé [15].
En conséquence de cette conjoncture délétère, les actes antisémites et islamophobes restent nombreux en France et en Franche-Comté. Depuis octobre 2023 en particulier, les atteintes visant ces deux communautés ont enregistré une recrudescence, voire une explosion [16]. À Besançon également, on relève depuis cette date la multiplication de discours haineux sur les réseaux sociaux, l’apparition d’une multitudes de graffitis explicites [17] ou encore une agression caractérisée autour d’un slogan pro-palestinien [18]. Un phénomène très inquiétant, car il ne concerne plus seulement l’extrême droite classique mais gagne toute une part de la population au sens large.
Sources.
[1] Arthur Weil-Rabaud pour « Street Press », édition du 26 octobre 2023 : « La guerre Israël-Hamas divise l’extrême droite française » (lien) ;
[2] Julien Licourt pour « le Figaro », édition du 25 juillet 2014 : « Le conflit israélo-palestinien vu de l’extrême droite française » (lien) ;
[3] Vincent Bresson et Émile Vaizand pour « Slate », édition du 8 novembre 2023 : « L’extrême droite française s’écharpe autour du conflit entre Israël et le Hamas » (lien) ;
[4] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 6 janvier 2025 : « Sur Belfort/Montbéliard, le groupuscule « Égalité et Réconciliation » annonce la tenue d’une conférence » (lien) ;
[5] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 22 octobre 2022 : « Le Collectif Palestine de Besançon questionné sur ses complaisances antisémites » (lien) ;
[6] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 12 décembre 2025 : « Un « militant pro-palestinien » condamné au civil pour des injures antisémites » (lien) ;
[7] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 20 mai 2024 : « En pleine affaire Mila, la LICRA de Besançon sondée sur ses proximités avec l’extrême-droite » (lien) ;
[8] Alexane pour « MaCommune.info », édition du 12 novembre 2023 : « Rassemblement contre l’antisémitisme : environ 500 personnes à Besançon » (lien) ;
[9] Alexane pour « MaCommune.info », édition du 24 juin 2025 : « Drapeau palestinien : Anne Vignot se défend et demande au préfet de ”reconsidérer” sa position » (lien) ;
[10] Fred Jimenez pour « l’Est Républicain », édition du 18 août 2014 : « Besançon : tiens… revoilà Ulcan ! » (lien) ;
[11] Louise Colcombet pour « le Parisien », édition du 4 mars 2021 : « Le hacker franco-israélien Ulcan jugé pour plusieurs canulars ultra-violents » (lien) ;
[12] Louise Fessard et Marine Turchi pour « Mediapart », édition du 23 juillet 2014 : « La Ligue de défense juive, un groupuscule d’extrême droite aux méthodes radicales » (lien) ;
[13] Martin Saussard pour « Hebdo 25 », édition du 20 octobre 2025 : « Édito. « Prenez-en note ». Guerre israélo-palestinienne : notre journaliste menacé par une lettre anonyme » (lien) ;
[14] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 23 octobre 2025 : « Un journaliste de « Hebdo 25 » menacé pour ses positions « pro-palestiniennes » » (lien) ;
[15] S.SP. pour « le Progrès », édition du 6 décembre 2025 : « Son entrée vandalisée parce qu’elle affiche ses opinions sur la Palestine » (lien) ;
[16] « 20 Minutes », édition du 20 juillet 2024 : « La recrudescence des actes antisémites et anti-musulmans inquiète le Conseil de l’Europe » (lien) ;
[17] « France info », édition du 6 novembre 2023 : « Antisémitisme : la ville de Besançon fait face à une hausse des actes » (lien) ;
[18] Valentin Collin pour « le Parisien », édition du 27 janvier 2025 : « « Bougez pas, les juifs, on va s’occuper de vous » : trois hommes condamnés après une agression ultraviolente » (lien).

