Réinfocovid/Solaris/Mamans louves

Contexte et origines.
Avec la crise sanitaire liée au covid, une forte opposition se structure dans les rues de Besançon, principalement durant l’été 2021. Plusieurs milliers de personnes manifestent ainsi une vive critique des différentes mesures instaurées, en particulier concernant le confinement, le port du masque, ou encore les campagnes de vaccination. Si initialement, les revendications se fixent largement sur des questions pratiques ou des conséquences sociales, les thématiques conspirationnistes vont rapidement apparaître à mesure que partisane·s des théories du complot, intégristes religieu·x·ses et militant·e·s réactionnaires s’imposent dans les cortèges.

Détournements de l’étoile jaune [1], discours sur « les puces RFID inoculées » [2], reprise de la thèse du « Grand Reset » [3], collages de « Civitas » [3], observation de références monarchistes [4], carré de « les Patriotes » (LP) [5] ou soutien à Donald Trump [5] en furent quelques illustrations. Si ces références sont aujourd’hui résiduelles au sein des mouvements sociaux, diverses organisations en ont émergé ; la plupart ont disparu ou restent marginales (« Le Grand Réveil » [6], « La Rose Blanche » [7], « Conseil National de la Transition » [8], « les Frères Dissidents » [9], « Réaction solidaire Doubs », etc.), mais d’autres, bien que modestes, demeurent localement.

Réinfocovid.
Créé en octobre 2020 par un Louis Fouché alors surtout connu pour son aversion de l’IVG, le réseau est rapidement mis en cause pour ses contre-vérités [10], ses dérives sectaires [11] et ses accointances avec l’extrême droite [12]. Dans le Doubs, il apparaît en janvier 2021, via des fils « Facebook » et « Telegram » principalement administrés par Julien A., entrepreneur, et Amandine V., ex-infirmière reconvertie. Leurs comptes reprennent alors des messages hostiles à la vaccination, attribuant une mortalité liée aux injections, ou conseillant de voir le film complotiste « Hold-up ». D’autres antennes seront relevées sur Lons-le-Saunier et Belfort, mais elles s’avèreront chétives et éphémères.

À Besançon, la synergie connaît son apogée de juillet à septembre 2021, le duo-initiateur devenant la figure de proue de cette cause, notamment par la multiplication des discours aux foules contre l’injustice des suspensions visant les blouses blanches ou la prétendue persécution vécue par les enfants récalcitrant·e·s au port du masque dans les écoles. Le 14 août 2021, ielles accueilleront, place de la Révolution, Ingrid Courrèges, chanteuse covidosceptique [13]. Mais, à l’instar de bien d’autres structures du genre, « Réinfocovid » peine à survivre au-delà des effets d’annonce. Même si, sur Besançon, en Haute-Saône et dans le Jura, des responsables ont été nouvellement nommé·e·s [14].

Mais globalement, les actions sont insignifiantes et décousues : défilés [15] et piques-niques [16] à Belfort, en juillet-août 2021 ; accompagnement du film « suspendus » [17], les 23 mai à Besançon et 25 août 2022 dans le Jura ; promotion du retour de Courrèges, le 14 octobre 2023, à Baume-les-Dames (Doubs), avec Stefan Cuvelier, « humoriste » aux multiples dérapages [18], sous la bénédiction « des Frères Dissidents », émanation nationaliste [19], alléguant un point de chute à Dole ; exposition de soi-disant témoignages de victimes du vaccin le 10 mai 2025 à Besançon sous la bannière du site « Viac19 » [20] et d’un mystérieux « collectif des effets indésirables de l’injection covid 19 »…

Solaris.
La mouvance est lancée le 26 septembre 2021 par Frédéric Vidal, prédicateur ésotérique adepte des thèses « QAnon » [21]. Coronavirus dépeint en arnaque, pédocriminalité vue comme consubstantielle aux élites, recours au survivalisme assumé face à l’effondrement de la société, critique des tendances « wokes » et LGBT+, emprunts à l’imaginaire antisémite, en sont autant de caractéristiques, cultivées auprès de divers·e·s partenaires, tel·le·s que Louis Fouché, Salim Laïbi, Jacob Cohen, Marion Sigaut, ou Pierre Barnérias [22]. Le groupuscule est qualifié « d’éco-fasciste » par certaines sources [23], il est également épinglé par des organismes de lutte contre les dérives sectaires comme « l’UNADFI » en France [24] et le « CIC » en Suisse [21].

Toutefois, des antennes se sont développées, en particulier sur le département du Doubs, essentiellement à travers un canal « Telegram ». Créé le 11 octobre 2021 et réunissant quelque 250 abonné·e·s, les idées et attaches du mouvement s’y expriment pleinement via, par exemple, la diffusion d’un extrait de « radio Courtoisie » ou de contenus adoubés par « Epoch Times », de textes sur la théorie des chemtrails, de relais d’une ténébreuse association « Enfants-Phares », de discours de Jean-Jacques Crèvecœur et Anne-Marie Yim, ou de notes signalant « de nombreuses infiltrations des services et autres sociétés dites secrètes » [22]. Si quelques extensions existent aujourd’hui comme en Haute-Saône, celles-ci ne sont que très peu ancrées et efficientes.

Comme ses différents acolytes, « Réinfocovid » vivote tant bien que mal. Dans la région, les transpositions concrètes se veulent néanmoins régulières et appuyées : conférence du covidosceptique Pierre Chaillot, le 6 mai 2024 à Besançon [22] ; réunion à propos du « désaveu à venir d’une partie de la population sur ce qu’on cherche à lui imposer » auquel il faut « examiner comment reprendre les rênes là où l’attelage nous conduisait vers l’abîme », le 27 octobre suivant à Besançon [22] ; projections-débats autour du film « les Survivantes », dénonçant des soi-disant « réseaux pédo-satanistes » liés aux élites [25], aux cinémas de Morez (Jura) et d’Audincourt (Doubs) en novembre-décembre de la même année [22] ; rencontre interne, le 31 mai 2025 à Belfort…

Les Mamans Louves.
Apparu fin 2021 et s’adressant prioritairement aux mères et parents, ce mouvement est d’abord pensé pour contester toute restriction sanitaire en milieu scolaire [26]. Axant sa rhétorique sur la nécessaire protection des plus jeunes considéré·e·s en péril face aux gouvernements soumis par les lobbies pharmaceutiques, ses adhérent·e·s vont progressivement s’emparer d’autres causes symboliques comme l’enseignement à la sexualité [27] souvent en coordination avec la « fachosphère » [28]. Une section est lancée début 2022 à Besançon par une certaine Isabelle D., en parallèle de la première édition comtoise du « convoi de la liberté » [29] [30].

Si celle-ci met régulièrement en avant son combat pour l’intérêt des enfants lors d’interviews [31] [32], elle disserte aussi, à travers ses réseaux sociaux, sur la pensée d’Alain Soral, la véracité des attentats du 11 septembre 2001, le poids de la franc-maçonnerie et des Illuminati, les propositions de Donald Trump et de Florian Philippot, ou encore, diffusant le 2 mars 2025 une vidéo de « Valeurs Actuelles » critique des « LGBT+ » et des « wokes », son refus de « ce type d’insertions déviantes dans la tête de nos enfants dans les cours de l’éducation nationale » via « l’État voire le Nouvel Ordre Mondial » alléguant que « la sexualité doit rester de l’ordre du privé et de l’intime ».

« Les Mamans Louves » n’en sont pas moins en déroute, brillant par une absence presque totale d’activités. Malgré des traces sommaires aux Fourgs (Doubs) [31] et dans le Jura [33], en-dehors de la référente bisontine et de ses rares sympathisant·e·s, la cellule n’a ainsi jamais été efficiente. Seule une timide apparition est encore à noter le 13 octobre 2023 lors d’une grève intersyndicale contre la réforme des retraites, avec banderole en main [32]. Subsiste aujourd’hui un groupe « Facebook » tenu par une administration de quatre volontaires et comptant près de huit cents membres. Mais comme pour la plateforme nationale, l’attractivité est loin d’être aussi populaire qu’espéré.


Sources
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[1] Toufik-de-Planoise pour « Radio BIP », édition du 14 juillet 2021 : « Besançon : un millier de manifestants contre la « dictature sanitaire » » (lien) ;
[2] Toufik-de-Planoise pour « Radio BIP », édition du 25 juillet 2021 : « Besançon : 3 000 manifestants anti-pass sanitaire défient la Préfecture » (lien) ;
[3] Toufik-de-Planoise pour « Radio BIP », édition du 24 août 2021 : « Pass sanitaire : à Besançon, plus de 2500 personnes dans la rue » (lien) ;
[4] Toufik-de-Planoise pour « Radio BIP », édition du 2 septembre 2021 : « Pass sanitaire : à Besançon, la mobilisation ne faiblit pas » (lien) ;
[5] Toufik-de-Planoise pour « Radio BIP », édition du 20 septembre 2021 : « Pass sanitaire : 1 500 manifestants à Besançon » (lien) ;
[6] Victor Mottin pour « Usbek et Rica », édition du 17 juillet 2023 : « Complotisme : dans la peau de Julian Wolf, le plus grand désinformateur de France » (lien) ;
[7] Ricardo Parreira pour le club de « Médiapart », édition du 30 juillet 2021 : « La Rose Blanche : de l’extrême-droite à l’agonie populaire » (lien) ;
[8] Willy Graff pour « l’Est Républicain », édition du 13 août 2020 : « Multiplication d’étranges ronds verts à Besançon : le CNT se dévoile au grand jour » (lien) ;
[9] Erwan Chartier pour « Penn Bazh », édition du 12 décembre 2022 : « Quand l’extrême et l’ultra droite françaises s’invitent à Callac » (lien) ;
[10] Pascal Lapointe pour « Science-Presse », édition du 30 novembre 2021 : « COVID : non, toutes les affirmations n’ont pas une valeur égale » (lien) ;
[11] William Audureau pour « le Monde », édition du 16 octobre 2021 : « Les inquiétants symptômes de RéinfoCovid » (lien) ;
[12] Maxime Macé et Pierre Plottu pour « Libération », édition du 21 avril 2022 : « Extrême droite et complotistes : la radiographie de deux mouvances siamoises » (lien) ;
[13] Lucie Laffon pour « QG magasine », édition du 16 mars 2011 : « Les téléspectateurs de Quotidien scandalisés par cette ex-candidate de The Voice qui dit qu’il n’y a pas besoin de porter de masque quand il y a du vent car “ça aère” » (lien) ;
[14] Cyril Kempfer pour « Hebdo39 », édition du 7 mars 2022 : « Ils militent pour un retour à une vie normale » (lien) ;
[15] « l’Est Républicain », édition du 7 août 2021 : « Manifestations anti-pass sanitaire : horaires, parcours, infos trafic… à quoi s’attendre en Franche-Comté ce week-end ? » (lien) ;
[16] Pascal Chevillot pour « l’Est Républicain », édition du 12 août 2021 : « La préfecture interdit le pique-nique des anti-pass sanitaire dimanche » (lien) ;
[17] Elian Barascud pour « Sud-Ouest », édition du 24 avril 2023 : « Interdit dans le Tarn, le documentaire « Suspendus, des soignants entre deux mondes » poursuit sa route en Lot-et-Garonne » (lien) ;
[18] Geoffrey Wolff pour « Sudinfo », édition du 23 décembre 2023 : « Antivax, pro-Poutine et Trump, proche de l’extrême droite : la venue au Trocadéro de Liège de l’humoriste Stefan Cuvelier suscite la polémique » (lien) ;
[19] « L’Ardennais », édition du 12 septembre 2023 : « Les Frères dissidents en toile de fond » (lien) ;
[20] Esther Serrajordia pour « la Croix », édition du 16 mars 2025 : « Cinq ans du Covid-19 : plongée dans la nouvelle génération « d’antivax » » (lien) ;
[21] « Radio télévision suisse », édition du 20 juin 2023 : « En Suisse romande, un réseau se prépare à « l’effondrement » » (lien) ;
[22] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 6 décembre 2024 : « En Franche-Comté, un drôle de cinéma complotiste » (lien) ;
[23] Anne Montégut, Corinne Duval et Thierry Ribault pour « Lundi Matin », édition du 23 août 2022 : « Réseau Solaris : faux dissidents, vrais écofascistes » (lien) ;
[24] « Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu victimes de sectes », édition du 12 septembre 2022 : « Le réseau Solaris : ambiance martiale » (lien) ;
[25] Tanguy Patoux et Mathis Planes pour « Libération », édition du 28 mai 2024 : « « Réseaux pédocriminels » : que sait-on du film « les Survivantes », nouveau docu de Pierre Barnérias, réalisateur de « Hold-up » ? » (lien) ;
[26]
Sophie Malibeaux pour « RFI », édition du 19 novembre 2021 : « Mamans Louves: les dissimulations d’un mouvement complotiste » (lien) ;
[27] Maëlle le Corre pour « StreetPress », édition du 18 avril 2024 : « Contre l’éducation à la sexualité, les Mamans louves agitent le complotisme et l’homophobie » (lien) ;
[28] « Marseille infos autonomes », édition du 15 mars 2025 : « Alerte conférence d’extrême droite : Louis Fouché / Marie Estelle Dupont » (lien) ;
[29] Hélène L. pour « MaCommune.info », édition du 10 février 2022 : « Un convoi de la liberté : une Bisontine mobilisée pour l’avenir de ses petits-enfants » (lien) ;
[30] Isabelle Brunnarius pour « France 3 Franche-Comté », édition du 11 février 2022 : « Le « convoi de la liberté » en Franche-Comté : « Pour récupérer nos droits qu’on nous enlève » » (lien) ;
[31] Anthony Laurent pour « l’Est Républicain », édition du 7 septembre 2022 : « Mamans Louves 25 : « Rester vigilants pour protéger nos enfants » » (lien) ;
[32] « L’Est Républicain », édition du 13 octobre 2023 : « Isabelle Dupont : « Au nom de nos enfants ! » » (lien).
[33] Cyril Kempfer pour « Hebdo39 », édition du 7 mars 2022 : « Ils militent pour un retour à une vie normale » (lien).