Fraternités Saint-Pie-X et Saint-Pierre
Contexte et origines.
La mouvance se forme face aux changements du « concile Vatican II », qui acte une réforme « moderniste » : emploi du dialecte vernaculaire (français), suppression de passages litigieux (comme « Oremus et pro perfidis Judaeis »), dialogue avec les autres cultes (protestantisme, orthodoxie, islam, judaïsme…), etc [1]. Mais une partie des prélats et des fidèles refuse cette évolution et sanctifie Pie X (pape de 1903 à 1914), opposé à toute idée de progressisme avec son « Pascendi Dominici gregis » ; Marcel Lefebvre entre progressivement en dissidence, créant la « Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X » (FSSPX) à partir de 1970 [1].
Alors qu’en 1976, une messe géante rassemble peu de partisan·e·s à Besançon [2], le conflit ne cesse de croître jusqu’à l’excommunication de plusieurs dignitaires en 1988 [1]. Une situation de schisme rejetée par une partie de l’assemblée, donnant naissance la même année à la « Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre » (FSSP) [1]. Les organisations, aujourd’hui séparées, ont toutes deux gardé leur pratique du rite dit tridentin, différent des normes romaines, en particulier lors des cérémonies : usage de la génuflexion, aumôniers placés dos aux paroissien·ne·s, expression en latin, ou encore communion parfois à même le sol [3].
Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX).
Si les sanctions ecclésiastiques touchant la « FSSPX » ont été levées en 2009, celle-ci forme encore actuellement une agrégation autonome sur le plan organisationnel et politique. En Franche-Comté, elles dispose de trois principaux lieux de culte : Besançon (chapelle « Saint-Ferréol-et-Saint-Ferjeux », attachée au prieuré de Dijon), Belfort-Cravanche (chapelle « Notre-Dame de la Sainte-Espérance », liée à Mulhouse), ainsi que les Rousses dans le Jura depuis 2011 [4] (chapelle « Notre-Dame de Lourdes », subordonnée à Genève).
Entre le soutien au criminel Paul Touvier [5], les discours négationnistes de Richard Williamson [6] ou les alertes de la « MIVILUDES » quant au dérives sectaires [7], les dérapages locaux sont également notables : une conférence d’Alain Escada en 2014 [8] ou la participation aux prières anti-IVG de « SOS Tout-Petits » jusqu’en 2019 [9]. Encore cantonné à un garage désaffecté, le mouvement intégriste s’est doté d’une future église au cœur de Besançon avec la vente du site « Sarrail » par la municipalité en 2016 [10] [11] ; une présence qui provoque de fortes oppositions, y compris par des actions directes [12].
Notre-Dame de l’Annonciation. Ouvert depuis 1975 dans le château de Cressia (Jura), ce « cours » hors-contrat de niveau primaire et secondaire fait partie du réseau éducatif de la « FSSPX » comptant vingt-deux sites en Europe et aux États-Unis. Il est géré par les « Dominicaines de Fanjeaux », un ordre religieux et enseignant féminin lourdement mis en cause pour ses pratiques [13]. Le média « StreetPress » révélait le témoignage d’anciennes élèves en janvier 2025, faisait état d’une évolution en vase clos, de cadences harassantes, d’une ambiance raciste et xénophobe, de doctrines misogynes, homophobes, hostiles à l’islam [14].
Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre (FSSP).
Lucien Daloz appliquant l’Ecclesia Dei, la « FSSP » de Besançon intègre le diocèse dès le début des années 1990 [15]. La congrégation se structure dans la chapelle « Lasallienne » (Saint-Claude) puis à « Saint-Maurice » (centre-ville), avant qu’André Lacrampe ne l’installe en 2009 à « Sainte-Madeleine » (Battant) [15] et qu’elle ne gagne en plus le « Sacré-Cœur » (Chaprais). En pleine eucharistie avec les autorités catholiques où elle bénéficie d’un poids grandissant, la congrégation compte deux autres antennes dans la région [16] : Dole (« Saint-Germain », liée à Besançon) et Belfort (« Notre-Dame de Brasse », rattachée à Épinal).
À Besançon, l’organisation a aussi la charge de certains enseignements confessionnels, est partenaire du groupe de scoutisme « Notre-Dame » fondé en 2021 et fut derrière la section locale pro-vie « SOS Futures Mamans » active de 2011 à 2023 [16]. Elle est forte d’environ deux à trois cents fidèles, de trois abbés et de deux bâtiments annexes, la « chapelle Saint-Jean-Bosco » et la « maison Sainte-Odile » [16]. Affichant un traditionalisme démonstratif à l’occasion de la « Fête-Dieu » [17], ses rangs accueillent aussi les cadres du « Rassemblement National » (RN) comme les familles Ricciardetti [18], Lutz [16] ou Jacquinot [19].
École Saint-Anselme. Créée en 2009 à Besançon, cet établissement hors-contrat de niveaux primaire et secondaire est un satellite de la « FSSP » dont elle ne gère officiellement que l’aumônerie [20]. Entre un règlement intérieur strict et la sociologie sélect de ses cent-vingt élèves [21], le contenu éducatif se veut « éclairé par la Foi et l’Évangile » avec des matières comme le français où « les auteurs sont étudiés pour leur talent littéraire mais aussi pour la connaissance de l’homme et de sa destinée » alors que les sciences visent à « éveiller chez l’enfant l’émerveillement devant la Création et le conduit à l’action de grâce » [15].
Sources.
[1] Élodie Dardenne pour « Ouest France », édition du 5 avril 2025 : « Enquête sur les intégristes catholiques en Normandie : qu’est-ce que la Fraternité Saint-Pie X ? » (lien) ;
[2] Alain Woodrow pour « le Monde », édition du 7 septembre 1976 : « Mgr Lefebvre adopte un ton plus modéré » (lien) ;
[3] Sophie de Villeneuve pour « la Croix », édition du 17 décembre 2021 : « Qu’est-ce que la messe tridentine ? » (lien) ;
[4] « Le Progrès », édition du 23 juillet 2011 : « Ouverture de la chapelle Notre-Dame de Lourdes » (lien) ;
[5] « Le Monde », édition du 26 mai 1989 : « Le rôle des organisations catholiques traditionalistes « C’est une sale affaire qui nous tombe dessus » » (lien) ;
[6] « Le Monde », édition du 24 novembre 2012 : « L’évêque négationniste Richard Williamson exclu de sa fraternité intégriste » (lien) ;
[7] Dominique Durand pour « France 3 Pays de la Loire », édition du 9 mai 2024 : « La Fraternité Saint-Pie X et ses dérives sectaires, « nous suivons le Christ, c’est tout » » (lien) ;
[8] Serge Lacroix pour « l’Est Républicain », édition du 18 janvier 2014 : « Le goupillon de guerre est déterré » (lien) ;
[9] « MaCommune.info », édition du 20 novembre 2010 : « Avortement: Besançon sous tension des extrêmes » (lien) ;
[10] Marie Malzac pour « la Croix », édition du 13 juillet 2016 : « Les lefebvristes achètent une chapelle à Besançon » (lien) ;
[11] Emmanuel Deshayes et Marianne Leroux pour « France 3 Franche-Comté », édition du 31 janvier 2024 : « La chapelle des Visitandines à Besançon est en train d’être restaurée pour redevenir un lieu sacré » (lien) ;
[12] « Indymédia », édition du 26 juillet 2016 : « Besançon : message d’avertissement aux nouveaux occupants en soutane du bâtiment « sarrail » » (lien) ;
[13] Léo Couffin pour « la Dépêche », édition du 15 juin 2025 : « L’inquiétant système scolaire des dominicaines enseignantes de Fanjeaux » (lien) ;
[14] Jeanne Casez pour « StreetPress », édition du 7 janvier 2025 : « J’ai grandi dans une école d’extrême droite » (lien) ;
[15] Summorum Pontificum pour « Riposte Catholique », édition du 19 avril 2022 : « La Fraternité Saint-Pierre dans le diocèse de Besançon » (lien) ;
[16] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 3 juillet 2024 : « Promoteur de la laïcité, le RN Thomas Lutz est en même temps le fidèle d’une église traditionaliste » (lien) ;
[17] « MaCommune.info », édition du 2 juin 2013 : « Procession de la Fête-Dieu à l’église de la Madeleine » (lien) ;
[18] Toufik-de-Planoise pour « Factuel.info », édition du 5 mars 2020 : « Jacques Ricciardetti, à l’extrême-droite du Père… » (lien) ;
[19] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 13 juillet 2025 : « Romain Jacquinot, une histoire de l’extrême droite comtoise » (lien) ;
[20] Éléonore Tournier pour « l’Est Républicain », édition 25 juillet 2023 : « Avec 115 élèves à la rentrée, le groupe scolaire Saint-Anselme attire de plus en plus de familles » (lien) ;
[21] Éléonore Tournier pour « l’Est Républicain », édition 7 février 2024 : « Le groupe scolaire hors contrat Saint-Anselme a emménagé au château Galland » (lien).

