Dieudosphère
Artiste accompli, Dieudonné M’bala M’Bala dérive dans un antisémitisme et un complotisme acharnés à partir du début des années 2000. Parrainage de sa fille par Jean-Marie le Pen [1], compagnonnage d’Alain Soral et de Kémi Seba [2], sketches avec le négationniste Robert Faurisson [3], soutien aux dictatures iranienne et syrienne [4], oppositions au mouvement LGBT+ [5], « quenelles » reprises devant des sites mémoriels [6], exhibition d’un portrait de Philippe Pétain [7], accompagnent ses représentations et interviews consacrées à la haine des Juifs sous couvert d’humour [8]. Il sera d’ailleurs condamné, pour « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale ou religieuse », « injure raciste », « négationnisme » et « apologie du terrorisme » [9].
Avec le désistement progressif des grandes salles dès 2008 à Besançon [10], ses shows se déroulent dans un autocar itinérant en 2009 à Belfort et Besançon [11]. Mais ses venues provoquent des oppositions toujours plus marquées, en particulier courant 2013 avec son spectacle « Foxtrot » sur Besançon et Montbéliard [12]. Son fan-club est néanmoins au plus fort, incluant par exemple un militaire de gendarmerie [13], des élèves du lycée de Besançon-Victor Hugo [14] ou un tatoueur aux sympathies pour le terroriste Anders Breivik [15]. Alors que des membres du groupuscule identitaire « Front Comtois » sont engagé·e·s pour assurer la promotion de l’évènement [13], une conférence de Michel Briganti est organisée par les antifascistes afin de dénoncer cette « imposture » [16].
Si Dieudonné gagne la plupart de ses litiges contre les établissements ayant fait volte-face après la signature d’un contrat, il ne parvient toutefois plus à se produire et procède dès lors à l’usage de prête-noms et sociétés fantoches. Après une période d’absence en province due à ses déboires judiciaires, financiers et électoraux, ses tentatives de retour s’accompagnent d’une multiplication d’arrêtés d’interdiction, comme en 2023 à Besançon, dans le Doubs et le Jura [17]. Ce qui ne l’empêche pas de jouer en petit comité, passant de milliers une dizaine d’inconditionnel·le·s : le 29 mars 2019 à Tromarey (Haute-Saône) [18], le 7 février 2020 à Besançon [19], le 18 février 2023 à Loulans-Verchamp (Haute-Saône) [20] et le 13 août 2024 près de Vesoul (Haute-Saône) [21].
Objet d’importants fantasmes, la relative popularité du polémiste cache un réel manque d’adhésion à ses causes politiques. Une base notable apparaît certes encore prête à défendre son droit à la scène, mais les troupes se révèlent dans les faits presque inexistantes au-delà du numéro de guignol. Les allusions concrètes au personnage et son univers sont ainsi devenues très anecdotiques en Franche-Comté, se retrouvant non pas chez les jeunes générations et dans les quartiers prioritaires, mais davantage au sein de mouvements sociaux aux contours flous et permissifs… Relevant ici un gilet jaune floqué d’un « ananas » lors d’une manif en 2020, ou là une allusion vite réprimée en 2024 durant une prise de parole du « collectif Palestine » lors d’un micro ouvert.
Sources.
[1] Christophe Forcari et Catherine Coroller pour « Libération », édition du 16 juillet 2008 : « Dieudonné, les liens du baptême » (lien) ;
[2] Jean-Pierre Stroobants pour « le Monde », « édition du 2 mai 2014 : « Dieudonné et Alain Soral attendus à Bruxelles pour un meeting antisémite » (lien) ;
[3] « L’Humanité », édition du 17 octobre 2012 : « Dieudonné définitivement condamné pour son spectacle avec le négationniste Faurisson » (lien) ;
[4] Anne Jouan pour « l’Express », édition du 8 septembre 2018 : « Dieudonné, du rire à la nausée » (lien) ;
[5] « Radio France », édition du 6 décembre 2024 : « La communauté LGBT+, cible privilégiée des complotistes » (lien) ;
[6] « Le Nouvel Obs », édition du 2 janvier 2014 : « Le sale goût des “quenelles” » (lien) ;
[7] Christel Brigaudeau pour « le Parisien », édition du 2 juin 2023 : « « La photo du maréchal Pétain dans son salon » : révélations sur la prétendue repentance de Dieudonné » (lien) ;
[8] Sylvain Attal pour « France 24 », édition du 10 janvier 2014 : « Trois erreurs à ne plus commettre sur Dieudonné » (lien) ;
[9] Pierre Plottu et Maxime Macé pour « Libération », édition du 14 avril 2023 : « « Les chambres à gaz n’ont jamais existé » : Dieudonné condamné définitivement pour antisémitisme en Suisse » (lien) ;
[10] « Libération », édition du 12 janvier 2009 : « Delanoë prive Dieudonné de théâtres parisiens » (lien) ;
[11] « MaCommune.info », édition du 17 mars 2009 : « Dieudonné mène ses spectateurs en bus » (lien) ;
[12] Sophie Dougnac pour « l’Est Républicain », édition du 17 juillet 2013 : « La venue de Dieudonné à Montbéliard ne fait pas rire Pierre Moscovici » (lien) ;
[13] Toufik-de-Planoise sur « Twitter », publication du 19 février 2023 (lien) ;
[14] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 6 décembre 2024 : « En Franche-Comté, un drôle de cinéma complotiste » (lien) ;
[15] Toufik-de-Planoise sur « Twitter », publication du 11 janvier 2024 (lien) ;
[16] Rolan Vasic pour « Factuel.info », édition du 17 février 2013 : « Qu’est ce que l’entreprise politico-théâtrale de Dieudonné ? » (lien) ;
[17] Isabelle Brunnarius pour « France 3 Franche-Comté », édition du 26 août 2023 : « Dieudonné : Après Besançon, les préfectures du Doubs et du Jura interdisent aussi le spectacle du polémiste » (lien) ;
[18] « France info », édition du 3 avril 2019 : « Dieudonné avance masqué pour organiser ses spectacles » (lien) ;
[19] Éric Daviatte pour « l’Est Républicain », édition du 7 février 2020 : « Dieudonné en spectacle discret à Besançon » (lien) ;
[20] Édouard Choulet pour « l’Est Républicain », édition du 5 mars 2023 : « Le spectacle de Dieudonné rassemble 200 personnes dans un château, le gestionnaire pas au courant » (lien) ;
[21] E.Ch pour « l’Est Républicain », édition du 13 août 2024 : « Dieudonné en spectacle devant cinquante personnes dans un champ privé » (lien).

