Élections

Longtemps terre de contrastes, la Franche-Comté penche désormais vers un vote réactionnaire plus affirmé. Quelques candidatures sont certes relevées dans le sillage du poujadisme et l’avènement de la Cinquième République, dont aux législatives de 1958 (Claude Gaillard à 10,97 puis 7,53% des voix en Haute-Saône [1], Jean-Maurice Demarquet à 9,25% dans le Jura [2]), de 1962 (Pierre Thiabaud à 6,37% en Haute-Saône [3]), ou de 1967 (Louis Richert pour les « Comités Tixier-Vignancour » à 2,89% dans le Territoire-de-Belfort [4]), mais l’extrême droite électorale va surtout émerger à partir des années 1970-1980 sous l’égide du « Front National » (FN), enclenchant un inexorable monopole, malgré les divisions, comme avec le « Mouvement National Républicain » (MNR) en 1999, le « Parti de la France » (PDF) en 2009, « les Patriotes » (LP) en 2017, ou « Reconquête » (REC) en 2021, restés insignifiants.

Le phénomène s’observe ainsi avec les présidentielles, les scores de Jean-Marie le Pen demeurant anecdotiques jusqu’à la fin des années 1980. Une percée est alors notée dans le Territoire-de-Belfort, s’y plaçant troisième en 1988 [5] puis second en 1995 [6], avant que l’amorce ne se généralise en 2002, les quatre départements le hissant en tête du premier tour [7]. Après un recul en 2007 [8] et la reprise du flambeau par Marine le Pen en 2012 [9], les résultats redécollent. L’héritière renoue ainsi avec le succès à partir de 2017, placée en pôle position sur toute la région au premier tour [10] mais encore largement battue au second, sauf en Haute-Saône où l’écart n’est que de 3,42 % face à Emmanuel Macron [11]. Situation réitérée en 2022 à l’exception du Doubs [12], tout en parvenant cette fois à conserver la Haute-Saône, alors que le Territoire-de-Belfort manque de basculer, à 1 786 bulletins près [13].

Autre front significatif, la députation. Le « FN/RN » inaugure une participation comtoise dès 1973 à Belfort [14], avant de s’étendre progressivement dans la région. Si ses scores sont d’abords ridicules, le parti finit par accéder au second tour à partir de 1997 [15] (2e de Haute-Saône, 1ère et 2e du Territoire-de-Belfort). La situation se répète en 2002 [16] (4e du Doubs), 2007 [17] (4e du Doubs, 1e et 2e de Haute-Saône), 2012 [18] (4e du Doubs) et 2017 [19] (4e du Doubs, 1ère et 2e de Haute-Saône). Avant le tournant de 2022, trois lepénistes étant élu·e·s pour la première fois à ce poste [19] (4e du Doubs, 1ère et 2e de Haute-Saône) alors qu’autant accèdent au second tour [20] (3e du Doubs, 1ère et 2e du Territoire-de-Belfort). Lors de la votation anticipée de 2024, le « RN » est au second tour dans les douze circonscriptions [22] et rafle deux nouvelles titulatures [23] (3e du Doubs, 2e du Territoire-de-Belfort).

Introduites à partir de 1979 en France, les européennes forment un marqueur important pour les franges « eurosceptiques ». Avec le découpage en « circonscriptions » pour les scrutins de 2004, 2009 et 2014, des références territoriales se sont rattachées à une zone « est » qui comprenait la Franche-Comté, la Bourgogne, l’Alsace, la Lorraine et la Champagne-Ardenne. Durant cette période, des parlementaires européen·ne·s y furent élu·e·s sous l’étiquette « Front National » (FN) pour 2004-2009 [24] et 2009-2014 [25] (Bruno Gollnisch) puis surtout 2014-2019 [26] (Florian Philippot, Sophie Montel, Jean-François Jalkh et Dominique Bilde) avant que l’échelon ne redevienne exclusivement national. Le décompte n’en reste pas moins édifiant, le « FN/RN » passant systématiquement en tête dans les quatre départements en 2014 [26], 2019 [27] et 2024 [28], et même à Besançon en 2024, pour la première fois de son histoire [29].

La première entrée notable de l’extrême droite dans les arcanes politiques strictement comtoises remonte toutefois à 1986, les régions étant devenues « collectivités territoriales » et dès lors, ouvertes aux scrutins. Que ce soit pour la Franche-Comté seule (1986-2015) puis en binôme Bourgogne/Franche-Comté (depuis 2015), le « Front/Rassemblement National » (FN/RN) est toujours parvenu à y obtenir des élu·e·s : quatre dès le mandat 1986-1992 (9,57% des voix [30]), cinq pour 1992-1998 (12,57% [31]), neuf pour 1998-2004 (17,04% [32]), cinq pour 2004-2010 (18,66% [33]) et enfin quatre pour 2010-2015 (14,23% [34]), avant la fusion lui donnant vingt-quatre représentant·e·s pour 2015-2021 (32,44%, en tête au premier tour [35]) et dix-huit pour 2021-2027 (23,78% [36]). Sous la présidence de Julien Odoul, c’est ainsi la seconde force et la première d’opposition dans cette instance.

Au local, les résultats sont plus mitigés. Ainsi, pour les départementales, malgré une ascension fulgurante ces dernières années, les prétendant·e·s « FN/RN » sont encore systématiquement battu·e·s au second tour, aucun·e titulaire n’ayant encore donc jamais été investi·e dans cette institution. Idem concernant les municipales dans les grandes villes, même si des résultats non-négligeables ont été obtenus par le « Front National » (FN) à Besançon en 1995-2001 [37] et 2014-2020 [38], Montbéliard en 2014-2020 [39] et Belfort en 2014-2020 [40]. Dans les communes intermédiaires, Saint-Claude a désigné un maire « Mouvement pour la France » (MPF) en 2001-2008 [41], alors que Ronchamp dispose d’un élu d’opposition « Parti de la France » (PDF) depuis 2014 [42]. En ruralité, une petite dizaine de villages ont enfin désigné des édiles, adjoint·e·s ou conseillers/conseillères de sensibilité lepéniste.


Sources.

[1] « Sciences Po », « EL011 – Élections législatives de 1958, Haute-Saône – 70, circonscription n°01 : profession de foi de Claude Gaillard au tour 1 – 1958-11-23 – » (lien) ;
[2] « Sciences Po », « EL010 – Élections législatives de 1958, Jura – 39, circonscription n°01 : profession de foi de Jean-Maurice Démarquet au tour 1 – 1958-11-23 – » (lien) ;
[3] « Sciences Po », «
EL029 – Élections législatives de 1962, Haute-Saône – 70, circonscription n°01 : profession de foi de Pierre Thiabaud au tour 1 – 1962-11-18 – » (lien) ;
[4] « Sciences Po », «
EL045 – Élections législatives de 1967, Territoire-de-Belfort – 90, circonscription n°01 : profession de foi de Louis Richert au tour 1 – 1967-03-05 – » (lien) ;
[5] « ECPM », « Résultats de l’élection présidentielle 1988 1er tour, par département » (lien) ;
[6] « ECPM », « Résultats de l’élection présidentielle 1995 1er tour, par département » (lien) ;
[7] « ECPM », « Résultats de l’élection présidentielle 2002 1er tour, par département » (lien) ;
[8] « ECPM », « Résultats de l’élection présidentielle 2007 1er tour, par département » (lien) ;
[9] « ECPM », « Résultats de l’élection présidentielle 2012 1er tour, par département » (lien) ;
[10] « ECPM », « Résultats de l’élection présidentielle 2017 1er tour, par département » (lien) ;
[11] « ECPM », « Résultats de l’élection présidentielle 2017 2e tour, par département » (lien) ;
[12] « ECPM », « Résultats de l’élection présidentielle 2022 1er tour, par département » (lien) ;
[13] « ECPM », « Résultats de l’élection présidentielle 2022 2e tour, par département » (lien) ;
[14] « Sciences Po », « EL069 – Élections législatives de 1973, Territoire-de-Belfort – 90, circonscription n°01 : profession de foi de Louis Botella au tour 1 – 1973-03-04 – » (lien) ;
[15] « ECPM », « Résultats des élections législatives 1997 1er tour, par circonscription » (lien) ;
[16] « ECPM », « Résultats des élections législatives 2002 1er tour, par circonscription » (lien) ;
[17] « ECPM », « Résultats des élections législatives 2007 1er tour, par circonscription » (lien) ;
[18] « ECPM », « Résultats des élections législatives 2012 1er tour, par circonscription » (lien) ;
[19] « ECPM », « Résultats des élections législatives 2017 1er tour, par circonscription » (lien) ;
[20] « ECPM », « Résultats des élections législatives 2022 1er tour, par circonscription » (lien) ;
[21] « ECPM », « Résultats des élections législatives 2022 2e tour, par circonscription » (lien) ;
[22] « ECPM », « Résultats des élections législatives 2024 1er tour, par circonscription » (lien) ;
[23] « ECPM », « Résultats des élections législatives 2024 2e tour, par circonscription » (lien) ;
[24] « ECPM », « Résultats des élections européennes 2004 1er tour, par département » (lien) ;
[25] « ECPM », « Résultats des élections européennes 2009 1er tour, par département » (lien) ;
[26] « ECPM », « Résultats des élections européennes 2014 1er tour, par département » (lien) ;
[27] « ECPM », « Résultats des élections européennes 2019 1er tour, par département » (lien) ;
[28] « ECPM », « Résultats des élections européennes 2024 1er tour, par département » (lien) ;
[29] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 10 juin 2024 : « Pour la première fois de son histoire, Besançon place l’extrême-droite en tête d’une élection » (lien) ;
[30] « ECPM », « Résultats des élections régionales 1986 1er tour, par département » (lien) ;
[31] « ECPM », « Résultats des élections régionales 1992 1er tour, par département » (lien) ;
[32] « ECPM », « Résultats des élections régionales 1998 1er tour, par département » (lien) ;
[33] « ECPM », « Résultats des élections régionales 2004 1er tour, par département » (lien) ;
[34] « ECPM », « Résultats des élections régionales 2010 1er tour, par département » (lien) ;
[35] « ECPM », « Résultats des élections régionales 2015 1er tour, par département » (lien) ;
[36] « ECPM », « Résultats des élections régionales 2021 1er tour, par département » (lien) ;
[37] « Ville de Besançon », « Conseil Municipal – séance du 23 juin 1995 – compte rendu » (lien) ;
[38] « Le Figaro », « Résultats des élections municipales 2014 à Besançon (25000) » (lien) ;
[39] « Le Figaro », « Résultats des élections municipales 2014 à Montbéliard (25200) » (lien) ;
[40] « Le Figaro », « Résultats des élections municipales 2014 à Belfort (90000) » (lien) ;
[41] Jacky Durand pour « Libération », édition du 11 juin 2004 : « A Saint-Claude, le maire cherche des têtes de Turcs » (lien) ;
[42] Maxime Macé et Pierre Plottu pour « Libération », édition du 19 septembre 2023 : « Trop radical pour les ultranationalistes, Christophe Devillers est toujours chez Reconquête » (lien).