Divers conspis/confus

Pouvoirs sous la coupe d’une conspiration judéo-maçonnique, alliance du lobby LGBT+ avec « big pharma », réseaux pédo-satanistes initiés par les élites, politique islamo-gauchiste de grand remplacement, soutien des pires dictatures face à l’hégémonie atlantiste… Les théories du complot sont multiples, complexes, contradictoires, mais infusent, à des niveaux divers, au sein de la société [1]. Passage de Stan Maillaud dans le Doubs [2], « Journée de retrait de l’école » en nord Franche-Comté [3], élucubrations d’Ismaël Boudjekada à Montbéliard [4], en sont quelques illustrations significatives, surtout dans les années 2010. Depuis, d’autres ont pris le relais, de manière suffisamment importante pour être spécifiquement examinées, ou brièvement évoquées ici, faute d’avoir duré ou étant devenues aujourd’hui trop marginales.

Chez une certaine « gauche », l’unité à tout prix. Enfermé·e·s dans une logique de convergence et de massification des luttes dont il ne faudrait fermer la porte à aucune « bonne volonté », quelques figures historiques de Besançon n’hésitent plus à tolérer, défendre voire encourager de graves déviances. C’est le cas ces dernières années, où on relève de multiples illustrations frappantes : citations récurrentes de Michel Collon et de son site « Investig’Action » par un cadre « les Écologistes » [5], rapprochements assumés de responsables « SUD/Solidaires » et « FSU » avec des militants adeptes des conspirations juives [5] [6] [7] [8], intégration d’un complotiste raciste au sein « d’ATTAC », de la « CNL » et du « Mouvement de la Paix » [6] [7], propos aux relents LGBT+phobes et antisémites de responsables au sein du « CVA-B » [9], etc.

Le cas Étienne Chouard. Bien que mis en cause pour ses attaches auprès de Thierry Meyssant et d’Alain Soral dès 2007 [10], Chouard est longtemps resté apprécié des milieux altermondialistes grâce à ses propositions comme le « RIC » très populaire chez les partisan·e·s de « l’UPR », du « RN » et de « LFI ». En Franche-Comté, il est ainsi loué durant « Nuit debout » [11], à travers des aspirations « citoyennistes » [12] ou lors des « gilets jaunes » [13]. Mais il fut également très contesté par les antifascistes, dont la mobilisation sur Besançon amène à l’annulation de ses conférences en 2012 [14] et 2017 [15]. Après une série de propos où il affirme notamment « un droit à l’antisémitisme » [16] et « n’avoir jamais rien lu sur les chambres à gaz » [17], son nom disparaît des champs médiatiques et politiques, même alternatifs.

L’anthroposophie, business et dérives. Sous l’impulsion de Rudolf Steiner, l’anthroposophie se développe au XXe siècle en un courant « philosophico-religieux » aux applications sociétales. Son influence se retrouve ainsi auprès de vastes références, y compris locales, comme la banque (implantation de « la Nef » [18]), l’éducation (projet « d’école Steiner-Waldorf » à Moncley dans le Doubs [19]), l’associatif (multiples antennes du « mouvement Colibris » [20] initié par le disciple Pierre Rahbi [21]), l’agriculture (« biodynamie » dans les vignes du Jura [22]), l’art (formation à « l’eurythmie » [23]), ou la santé et le bien-être (publications de « l’Union Comtoise de Yoga » [24]). Mais cette doctrine est aussi très critiquée, pour ses cheminements ésotériques, ses conceptions pseudo-scientifiques, ses fondements racialistes et ses dérives sectaires [25].

La cryptomonnaie « June ». Friandes d’alternatives étendues au plan monétaire et financier, les sphères conspirationnistes se sont emparées des cryptomonnaies telles que la « June » (Ğ1). Cette énième entreprise a été initiée dans les années 2010 par Stéphane Laborde, un proche d’Étienne Chouard, dont le projet se base en réalité sur des modèles ultralibéraux assez classiques [26]. Au niveau local, cette velléité s’est incarnée à travers un certain Bruno C., activiste coronasceptique, qui considérait par exemple que l’insécurité a « un rapport avec le nombre de chances pour la France » ou encensait Philippe de Villiers et Ano Turtiainen [27]. Une soirée annoncée le 15 janvier 2023 à « Hôp Hop Hop » devait engager cette initiative sur le secteur de Besançon, mais elle fut annulée après avoir été dénoncée sur les réseaux sociaux [27].

« Solidarité et Progrès » (S&P). Branche française du « mouvement LaRouche » lancée par Jacques Cheminade en 1974, ses adeptes souscrivent aux thèses affirmant que les attentats du 11 septembre 2001 ont été ourdis par Georges Bush, que la couronne britannique s’enrichit via le trafic de drogues ou que l’homosexualité serait une maladie inventée par le « KGB » [28]. Après des proximités avec le « RPF » de Pasqua et les cercles de Thierry Meyssan, le groupuscule s’est rallié à « République souveraine » de Georges Kuzmanovic en 2022 [29]. Les dernières actions comtoises remontent aux apparitions de Joanna C. en 2012 [30] et 2017 [31], qui, malgré des résultats électoraux ridicules, avait obtenu le soutien d’une cinquantaine d’élu·e·s [32]. Sur le site de la structure, signatures de pétitions en 2021 et participation au « Mouvement de la Paix » en 2023 sont les dernières traces concrètes d’engagements locaux.

Chez les gilets jaunes, quelques restes. En Franche-Comté comme ailleurs, le mouvement des « gilets jaunes » fut caractérisé par une vision horizontale, spontanée, décentralisée, mais, aussi, hétérogène. Si la mouvance néonazie a tenté de s’y implanter sans grand succès à Besançon [33], des figures d’extrême droite s’y sont distinguées ailleurs dans la région. C’est le cas de Fabrice Schlegel à Dole, promoteur immobilier qui se voyait déjà en général des ronds-points [34]. Mais, dégouté par l’émergence de revendications telles qu’un retour de l’impôt sur les grandes fortunes, il jette l’éponge, face à ce qu’il juge avoir été un noyautage de la gauche [35]. Depuis, entre deux publications visant les rouges et les antifas, il s’attèle aux théories du complot sur le coronavirus, le pouvoir de la franc-maçonnerie, le grand remplacement, la visibilité de LGBT+, la responsabilité de l’homme dans les dérèglements climatiques, etc.


Sources
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[1] « France info », édition du 13 avril 2023 : « Plus du tiers des Français adhèrent aux théories du complot, selon une étude » (lien) ;
[2] Fred Jimenez pour « l’Est Républicain », édition du 4 février 2020 : « Stan Maillaud, alias le « Zorro blanc », condamné à quatre ans de prison » (lien) ;
[3] Sophie Dougnac pour « l’Est Républicain », édition du 31 janvier 2014 « Montbéliard : rumeur d’éducation sexuelle, les enseignants vont s’expliquer avec les parents » (lien) ;
[4] Sophie Courageot pour « France 3 Franche-Comté », édition du 20 juin 2024 : « Candidat aux législatives, cet élu du Doubs vient d’être condamné pour apologie du terrorisme… et inéligibilité » (lien) ;
[5]
Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 22 octobre 2024 : « Le Collectif Palestine de Besançon questionné sur ses complaisances antisémites » (lien) ;
[6] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 4 juillet 2025 : « Un responsable du « collectif Palestine de Besançon » condamné pour « diffamation publique » » (lien) ;
[7] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 12 décembre 2025 : « Un « militant pro-palestinien » condamné au civil pour des injures antisémites » (lien) ;
[8] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 31 octobre 2025 : « À Besançon, un milieu pro-palestinien toujours rongé par l’extrême droite » (lien) ;
[9] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 22 mars 2025 : « Marche contre le racisme : Près d’un millier de personnes à Besançon » (lien) ;
[10] « ConspiracyWatch », édition du 20 décembre 2007 : « Le blogueur Etienne Chouard adoube Thierry Meyssan » (lien) ;
[11] Daniel Bordür pour « Factuel.info », édition du 14 avril 2016 : « Défilé nocturne contre la loi travail à Besançon » (lien) ;
[12] A.R. pour « l’Est Républicain », édition du 21 avril 2016 : « Héricourt : une initiative pour défendre l’intérêt général » (lien) ;
[13] Toufik-de-Planoise pour « Factuel.info », édition du 4 juin 2019 : « Abstention, RN et LFI seraient en tête des choix électoraux « gilets jaunes » à Besançon » (lien) ;
[14] « L’Est Républicain », édition du 1er octobre 2012 : « Attac fait tiquer » (lien) ;
[15] « La Horde », édition du 4 avril 2017 : « Dire non au confusionnisme d’Étienne Chouard » (lien) ;
[16] Robin Andraca pour « Libération », édition du 30 avril 2019 : « Etienne Chouard a-t-il dit qu’il «devrait avoir le droit d’être antisémite» ? » (lien) ;
[17] « Le Nouvel Obs », édition du 11 juin 2019 : « L’ambiguïté nauséabonde d’Etienne Chouard sur l’existence des chambres à gaz : « J’y connais rien » » (lien) ;
[
18] Éléonore Tournier pour « l’Est Républicain », édition du 24 décembre 2022 : « Dérives sectaires : la NEF, une banque de la Ville de Besançon, pointée par la Miviludes » (lien) ;
[19] E.T. pour « l’Est Républicain », édition du 25 juillet 2023 : « École Steiner-Waldorf, école en forêt : pas pour tout de suite » (lien) ;
[20] Rebellyon, édition du 10 juillet 2015 : « Le clan Rabhi et ses Colibris : à l’avant-garde de la confusion réactionnaires et irrationnels » (lien) ;
[21] « Berthine », édition du 14 août 2018 : « Rabhi, Steiner & Co : entre écologie et fascisme » (lien) ;
[22] Cyril Seguin pour « France Bleu », édition du 14 avril 2025 : « Biodynamie dans les Vignes en Franche-Comté : Une Approche Holistique et Durable » (lien) ;
[23] « Le Comtois.com », 2023 : « Eurythmie « l’art du mouvement » » (lien) ;
[24] « Union Comtoise de Yoga », résultats sur « Rudolf Steiner » (lien) ;
[25] Jean-Baptiste Malet pour « le Monde Diplomatique », édition de juillet 2018 : « L’anthroposophie, discrète multinationale de l’ésotérisme » (lien) ;
[26]
Alex Vernes pour « Ricochets », édition du 18 juillet 2020 : « June et revenu de base : les nouvelles ruses de la sujétion volontaire » (lien) ;
[27] Toufik-de-Planoise sur « Twitter/X », publication du 9 janvier 2023 (lien) ;
[28]
Hervé Gattegno pour « le Point », édition du 9 avril 2012 : « Deux ou trois raisons de ne pas voter pour… Cheminade » (lien) ;
[29] « Front Populaire », édition du 24 janvier 2022 : « Qui est Jacques Cheminade, le nouveau soutien de Georges Kuzmanovic pour 2022 ? » (lien) ;
[30] Damien Poirier pour « MaCommune.info », édition du 6 juin 2012 : « Législatives : Johanna Clerc (Solidarité & Progrès) » (lien) ;
[31] Marion Streicher pour « France Bleu », édition du 28 mars 2017 : « Jacques Cheminade se bat contre la bulle financière mais il peine à trouver des relais en Franche Comté » (lien) ;
[32] Florent Boutet pour « France 3 Franche-Comté », édition du 10 avril 2012 : « Besançon: peu de monde sur le stand Cheminade-2012 » (lien) ;
[33] Toufik-de-Planoise pour « Factuel.info », édition du 23 janvier 2019 : « La résistible percée de l’extrême droite parmi les Gilets jaunes bisontins » (lien) ;
[34] « France 3 Franche-Comté », édition du 14 novembre 2019 : « Dole : Fabrice Schlegel, la désillusion d’un précurseur des « gilets jaunes » » (lien) ;
[35] Cédric Perrier pour « Voix du Jura », édition du 28 avril 2023 : « Visite de Macron à Dole. « Les Français, c’est eux qui font les cons », Fabrice Schlegel, ancien leader gilet jaune » (lien).