Empire Stérin

Mécène majeur de l’extrême droite française, le milliardaire Pierre-Édouard Stérin rêve d’un horizon résolument national-catholique pour le pays [1] [2] [3]. Après avoir été un axe prégnant mais secondaire de son parcours, il se concentre plus nettement sur cet objectif dès 2024 en lançant le « projet Périclès » [4]. Ouvertement inspiré de la feuille de route engagée par « l’alt-right » états-unienne [5], il déclare ainsi vouloir consacrer l’intégralité de sa fortune au « redressement de la France et à la promotion du Christ » [6] par le truchement d’une convergence allant de « Horizons » à « Reconquête » [7] en passant par tout ce que compte le territoire de groupuscules radicaux [8].

« La Nuit du Bien Commun ». Il s’agit d’un fonds de dotation lancé en 2017, organisant des galas annuels de collecte à destination d’entités triées sur le volet [9]. Installée au parc des expositions de Dijon depuis 2023, la déclinaison locale de cette date agrège des participant·e·s surtout bourguignon·ne·s [10] [11]. Une opposition s’organise à partir de 2025 avec la tenue d’une manifestation [9] [12], alors que la plupart des sponsors et candidat·e·s avaient préféré se retirer dès les mois qui précédaient [13]. Si plus de 250 000 euros ont été récoltés pour sept destinataires, cette fois, après des lauréats en 2023 et 2024, aucun récipiendaire strictement comtois ne sera noté [9].

« SOS Calvaires ». Association très soutenue par le diocèse de Besançon [14], ses membres entendent « rechristianiser les campagnes » sous couvert de préservation du patrimoine [15]. Mais aux re-consécrations d’églises et élévations de nouvelles croix monumentales, succèdent les financements de Pierre-Édouard Stérin [16] et les connivences sulfureuses et même néonazies [17]. Ce qui n’empêche pas le mouvement de s’étendre via des petites mains notamment proches des fraternités « Saint-Pierre » et « Saint-Pie-X », comme c’est le cas en Haute-Saône [18] et dans le Doubs [19]. Une mission qui soulève néanmoins des critiques, en particulier dans la presse [14] [20].

« Le Canon Français ». Banquets annuels mêlant saucisson-pinard et références patriotes explicites à des prix prohibitifs, cet évènement attire plusieurs centaines de convives dont certain·e·s ne ménagent pas leurs opinions racistes ni leurs saluts nazis [21]. Une « bataille culturelle du terroir », derrière laquelle on retrouve là encore les deniers de Pierre-Édouard Stérin [22]. Si des éditions ont lieu partout en France dont en Alsace et en Bourgogne, en Franche-Comté seule Dole est pour l’instant concernée depuis 2024 [23]. Une présence qui provoque néanmoins des contestations, à l’instar d’une lettre ouverte édictée en juin 2026 afin d’interpeller les élu·e·s à ce sujet [24].

« Familya ». Courant 2025, des interrogations émergent quant à l’implantation d’un centre de cette obédience à Besançon [25]. Car derrière la vitrine associative visant à accompagner les parents, jeunes et autres familles, diverses enquêtes notamment de « Médiacité » et de « la Rédac Pop » ont mis en lumière un ancrage dans les milieux traditionalistes ainsi qu’un financement notamment assuré par Pierre-Edouard Stérin [26] [27]. Alors qu’un projet était donc également annoncé en Franche-Comté, les craintes ont été balayées en décembre 2025 quand la structure a communiqué que « les conditions n’ont pu être réunies pour permettre cette mise en œuvre » [25].


Sources.
[1] Romain Herreros pour « le Huffington Post », édition du 31 juillet 2025 : « Ce milliardaire qui sponsorise l’extrême droite prône une natalité « de souche européenne » (lien) ;
[2] « Médiapart », dossiers : « Pierre-Édouard Stérin, une fortune au service de l’extrême droite » (lien) ;
[3] Paul Quinio pour « Libération », édition du 22 juillet 2025 : « Pierre-Edouard Stérin, le saint patron de l’extrême droite » (lien) ;
[4] Matthieu Noël pour « Radio France », édition du 6 juin 2025 : « Périclès : le projet mystérieux du milliardaire Pierre-Édouard Stérin, proche de l’extrême droite » (lien) ;
[5] Marion Solletty et Sarah Paillou pour « Politico », édition du 28 avril 2025 : « The billionaire who wants to Make France Great Again » (lien) ;
[6] Karl Laske pour « Médiapart », édition du 19 juillet 2024 : « Le plan « Périclès » : des millions pour l’extrême droite et une victoire du RN » (lien) ;
[7] Clément Guillou pour « le Monde », édition du 18 février 2025 : « Pierre-Edouard Stérin et François Durvye, les hommes d’affaires qui aimantent la droite et le RN » (lien) ;
[8] Hugo Boursier pour « Politis », édition du 5 juin 2025 : « Sainteté, business et extrême droite : la galaxie cachée de Pierre- Édouard Stérin » (lien) ;
[9] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 5 décembre 2025 : « Entre Dijon et la Franche-Comté, « la Nuit du Bien Commun » provoque une levée de boucliers » (lien) ;
[10] Vannick Berton pour « le Bien Public », édition du 4 novembre 2023 : « Nuit du bien commun au parc des Expositions : une levée de dons unique pour des associations » (lien) ;
[11] Bertrand Lhote et Amandine Robert pour « le Bien Public », éditions du 1er au 10 novembre 2024 : « Nuit du Bien commun à Dijon : les lauréats 2024 » (lien) ;
[12] Olfa Ayed pour « France 3 Bourgogne », édition du 2 décembre 2025 : « La « Nuit du bien commun » à Dijon : quelle est la polémique autour de cet événement ? » (lien) ;
[13] Vincent Lindeneher pour « le Bien Public », édition du 21 novembre 2025 : « Ces associations ont quitté La Nuit du bien commun : « Nous ne pouvions pas nous permettre une polémique » » (lien) ;
[14] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 6 février 2026 : « Julien Delaunay alias « Flooz-Flooz », un missionnaire religieux et politique pas si burlesque » (lien) ;
[15] Rémi Bayol pour « StreetPress », édition du 23 novembre 2022 : « SOS Calvaires, l’association qui veut évangéliser nos paysages » (lien) ;
[16] Héloïse de Neuville pour « la Croix », édition du 11 juin 2025 : « Pierre-Édouard Stérin et ses grands projets religieux contrariés » (lien) ;
[17] Sarah Bourletias pour « la République du Centre », édition du 10 juin 2022 : « La pose d’un calvaire par une association catholique traditionaliste crée le malaise à Saint-Denis-de-l’Hôtel » (lien) ;
[18] « La Presse de Vesoul », édition du 3 septembre 2025 : « « Je vais demander à Pierre Hugues José de supprimer Flooz Flooz la fripouille » » (lien) ;
[19] « L’Est Républicain », édition du 14 janvier 2025 : « Trois calvaires rénovés à Osse grâce à l’association SOS Calvaires » (lien) ;
[20] Didier Fohr pour « l’Est Républicain », édition du 26 juin 2025 : « Sous couvert de solidarité… » (lien) ;
[21] « Radio France », édition du 5 mai 2026 : « Saluts nazis, propos racistes… À l’intérieur du banquet normand organisé par le Canon français à Caen » (lien) ;
[22] Camille Bordenet et Benjamin Keltz pour « le Monde », édition du 8 novembre 2025 : « Le succès des banquets géants du Canon français ou la bataille culturelle du terroir » (lien) ;
[23] Julien Berrier pour « Voix du Jura », édition du 16 juin 2025 : « Dole. Le Canon français revient avec trois banquets à la mode d’Astérix » (lien) ;
[24] Bérénice Lugand-Jacob via « Change.org », pétition du 16 juin 2026 : « Lettre au maire de Dole contre la venue du Canon français dans notre ville » (lien) ;
[25] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 26 décembre 2025 : « À Besançon, le projet de « maison catholique » ne verra pas le jour » (lien) ;
[26] Annabelle Martella pour « Médiacité », édition du 4 novembre 2025 : « Familya, l’association proche des anti‐IVG, soutenue par Pierre‐Edouard Stérin, la Région et… la métropole de Lyon » (lien) ;
[27]
Sebastien Fourrier pour « la Rédac Pop », édition du 12 décembre 2025 : « Les féministes se mobilisent contre Familya à Orléans » (lien).