Enfance

Dans toutes les sociétés contemporaines, la considération apportée au statut, aux droits et à l’évolution de l’enfance est une thématique primordiale. Les systèmes conservateurs attachent une forte importance aux cadres voués à ces progénitures et leur devenir, vues comme fruit de la providence, segment de la cellule familiale, ou futur soldat de dieu et de la nation. Un soin particulier est donc engagé pour construire cet idéal, ou, au contraire, combattre ce qui est perçu comme pouvant le compromettre. La thématique constitue donc un vecteur efficace pour resserrer les rangs d’une mouvance établie, mais aussi toucher au-delà des seul·e·s convaincu·e·s, tout parent pouvant basculer dès lors que cet enjeu est sur la table.

Pierre angulaire, l’instruction est le principal paradigme d’une élévation civique… Mais, également, de manière tout aussi prégnante ou complémentaire, spirituelle et patriotique, grâce à un cadre préservé, élitiste, discipliné. En opposition au public laïque et républicain, scolaire/parascolaire à domicile, sous contrat et hors contrat explosent. Avec une forte implication des milieux religieux et métapolitiques, que ce soit sur la gestation (« SOS Tout-Petits », « Alliance VITA », « SOS Futures Mamans »), les premiers pas (« groupe Notre-Dame », « MHP »/« CIMG »/« DITIB ») jusqu’à la formation (« Notre-Dame de l’Annonciation », « Saint-Anselme », « Kouba »), dernier volet aussi investi par les cercles dits alternatifs (« Steiner », « domaine arc-en-ciel »).

Un retour des établissements confessionnels, qui suit les critiques très orientées visant les cursus classiques. Illustrations typiques, les polémiques sur les « ABCD de l’égalité » ou la sensibilisation « à la vie affective et relationnelle/à la sexualité », régulièrement instrumentalisées par l’extrême droite. En 2014, par exemple, les « journées de retraits de l’école », initiées par Farida Belghoul, contre un prétendu programme incluant la « théorie du genre » [1], avaient eu un certain succès dans quelques communes sur la région de Belfort-Montbéliard [2]. Une ligne qui persiste toujours dans les années 2020, notamment à travers les antennes de « SOS Éducation » [3], du « Syndicat de la Famille » [4] ou des « Parents Vigilants » [5].

Plus largement, les échos de « l’affaire Lyhanna » ont mis en lumière ce détonateur spontané et hétéroclite en-dehors des salles de classe. Alors que le gouvernement proposait de pénaliser les « viols multiples sur mineur·e » les 17 et 21 juillet 2026, associations et victimes ont mis en garde sur une loi inefficace voire contre-productive [6]. La gauche s’étant opposée sur cette base [6], extrême droite, droite, centre et médias « Bolloré » utilisent cette position taxée de soutien aux pédocriminels. Une trame qui fera scandale et mobilisera au-delà de leurs rangs, à l’instar d’un influenceur « attrape-tout » de Besançon qui a repris ces accusations du « RN » fustigeant « LFI » soi-disant au nom de l’intérêt suprême et apartisan des enfants.

Autre front, porté par les mouvances masculinistes spécifiques à la parentalité comme « SOS Papa » ou « Pères en colère » [7] [8], la dénonciation complémentaire d’un prétendu diktat féministe [9] [10]. Destruction des normes traditionnelles, incitation à adopter la transidentité, initiation à des pratiques charnelles, autant de théories du complot… Mais qui peuvent aller loin, comme cela a pu être observé à travers « Réinfocovid », « Mamans Louves » ou « Solaris ». Pour leurs membres, les « têtes blondes » sont la cible d’autorités officielles ou occultes : « chemtrails » modifiant la biologie, vaccins comprenant des puces RFID, disparitions qui alimenteraient des élites constituées en réseaux pédocriminels satanistes [11].

Un « délire », qui réunit toutefois plusieurs centaines d’adeptes, comme fin 2024, avec la projection du film conspirationniste « les Survivantes – l’ultime tabou » à Audincourt et Morez [11], ou via des référent·e·s confusionnistes, à l’instar du festival « Nexus » en juin 2026 dans le Jura [12]. Avançant sur ces ressorts, plusieurs projets d’enlèvements ont été engagés par des justiciers autoproclamés. On relève le nom de Stan Maillaud, passé dans le secteur d’Amancey en 2012 pour organiser ses troupes [13] avec le soutien de l’extrême droite [14], ou de Rémy Daillet-Wiedemann, cité dans un dossier à Quingey en 2021 [15], avant d’être mis en cause pour avoir projeté des attentats avec des cercles néofascistes dont « Honneur et Nation » [16].

Sources.
[1] Mattea Battaglia pour « le Monde », édition du 31 mars 2014 : « Journées de retrait de l’école : comment les enseignants retissent le lien avec les parents » (lien) ;
[2] Sophie Dougnac pour « l’Est Républicain », édition du 31 janvier 2014 : « Montbéliard : rumeur d’éducation sexuelle, les enseignants vont s’expliquer avec les parents » (lien) ;
[3] Coppélia Piccolo pour « Libération », édition du 14 février 2025 : « Non, les enfants ne recevront pas «une éducation à la sexualité» dès l’âge de 3 ans, comme l’affirme la porte-parole de SOS Education » (lien) ;
[4] Marie-Pierre Bourgeois pour « BFMTV », édition du 23 mars 2023 : « Pour ses 10 ans, la Manif pour tous devient le « Syndicat de la famille » » (lien) ;
[5] Mathilde Frénois pour « Libération, édition du 10 octobre 2023 : « Les « Parents vigilants », cheval de Troie d’Eric Zemmour à l’école : « L’objectif, c’est de rentrer et d’agir de l’intérieur » » (lien) ;
[6] « France info avec AFP », édition du 21 juillet 2026 : « Les députés approuvent une mesure très débattue instaurant la perpétuité pour les viols en série sur les moins de 15 ans  »  (lien) ;
[7] Éric Daviatte et Jean Seguin pour « l’Est Républicain », édition du 15 novembre 2013 « Père en colère » (lien) ;
[8] Françoise Jeanparis pour « l’Est Républicain », édition du 6 juillet 2020 : « Sans sa fille, un papa en grève de la faim »  (lien) ;
[9] Stanislas Kraland pour le « Huffington Post », édition du 18 février 2013 : « SOS Papa, une association masculiniste qui milite contre le droit des femmes ? » (lien) ;
[10] Christophe-Cécil Garnier pour « StreetPress », édition du 30 juin 2026 : « Antiféminisme et violences conjugales, bienvenue chez les assos de défense des droits des pères » (lien) ;
[11] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 6 décembre 2024 : « En Franche-Comté, un drôle de cinéma complotiste » (lien) ;
[12] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 12 juin 2026 : « Un festival complotiste géant dans le Jura ? » (lien) ;
[13] Fred Jimenez pour « l’Est Républicain », édition du 4 février 2020 : « Stan Maillaud, alias le « Zorro blanc », condamné à quatre ans de prison » (lien) ;
[14] Pierre Plottu et Maxime Macé pour « Libération », édition du 30 mai 2021 : « Stan Maillaud, l’autre figure montante du complotisme français » (lien) ;
[15] Valentin Collin pour « l’Est Républicain », édition du 11 juin 2021 : « Doubs : Rémy Daillet, le gourou de l’affaire Mia, aurait joué un rôle dans une affaire de soustraction d’enfants à Quingey » (lien) ;
[16] « L’Express » avec « AFP », édition du 23 mars 2022 : « Ultradroite: sept interpellations dans un dossier lié à la figure complotiste Rémy Daillet » (lien).