Forces de l’ordre

En Franche-Comté comme ailleurs, les dérapages racistes et violents au sein des forces dites de l’ordre (police nationale, municipale, gendarmerie, pénitentiaire, justice, douanes, sûreté des transports…) sont systémiques et ne sauraient se limiter à une seule frange. Propos homophobes en 2020 [1], contrôles au faciès condamnés par la « CEDH » en 2025 [2], diffusion d’un spot de prévention aux relents douteux la même année [3], en sont autant d’illustrations. La plupart des organisations représentatives s’inscrivent dans ce registre, le cas d’un agent responsable de « l’UNSA » ayant réalisé une croix gammée géante à Belfort en 2021 étant ainsi très parlant [4]. Mais certaines centrales cultivent encore plus franchement leurs ancrages auprès de l’extrême droite. C’est le cas de la « Fédération Professionnelle Indépendante de la Police » (FPIP), scission formée en 1973 d’un syndicat conservateur qui deviendra « Alliance » [5].

Proche de « l’Œuvre Française » (OF) ainsi que du « Parti Nationaliste Français et Européen » (PNFE) [6], l’organisation multiplie alors les révocations, interdictions administratives et démêlés judiciaires, des responsables de l’époque étant même poursuivis pour « association de malfaiteurs » [7] [8]. Plusieurs cadres sont en outre mis en cause dans des attaques terroristes survenues courant 1988, en particulier le plastiquage du journal mitterrandien « le Globe » le 31 juillet à Paris, ainsi que des foyers d’immigrés « Sonacotra » à Cannes en mai, avec deux blessés, et surtout Cagnes-sur-Mer le 19 décembre, qui fit un mort et douze blessés dont un grave [7] [8]. Entre les bombes, les tabassages, ou les coups de force visant une prétendue gauche laxiste [8], la « FPIP » opère un virage plus « classique » à partir des années 1990, où elle poursuit une relation ambigüe alliance-adversité avec un « Front National » (FN) qui la suit depuis ses débuts [9].

On retrouvera ainsi certains noms dans ses soutiens, comme le collaborateur Roland Gaucher, qui fera d’ailleurs une carrière comtoise à partir de 1992 [8]. Plus récemment, une section s’est illustrée à travers un certain Thierry Silvand à Besançon [10]. Il dénonçait par exemple le faible nombre d’habilitations au pistolet-mitrailleur, le renforcement des procédures et actes administratifs, ou le choix de rénover les cellules de garde-à-vue particulièrement vétustes [10], avant de se faire un nom dans la répression des « gilets jaunes » [11] puis la défense de flics accusés de bavures [12]. Aux côtés du dirigeant régional se trouvait une poignée d’uniformes, à l’instar de Pascal L. ; sur les réseaux sociaux, il se vantait d’avoir participé à une réunion avec Alexandre Gabriac, partageait le cliché d’un exemplaire du Coran recouvert de viande porcine, ou s’affichait en contact avec des ultranationalistes soupçonnés d’agressions racistes et politiques [10].

Entre le départ de ce numéro deux et le ralliement du chef à « Alternative Police – CFDT » [12], cette première aventure n’a pas tenu dans la durée. Mais la relève est assurée par Antoine Villedieu, agent de police à Vesoul et porte-parole de la « FPIP » depuis 2021 [13]. Après une entrée en politique auprès d’Alain Chrétien en 2020, l’ex-sarkozyste devient référent départemental du « Rassemblement National » (RN) quelques semaines plus tard, puis se fait élire député de Haute-Saône sous ces couleurs en 2022 et 2024 [13]. Sous sa houlette, le parti va cultiver les relations avec plusieurs ultranationalistes : Paul-Arnaut C., fondateur historique du « Front Comtois », Pierre P., membre du « Parti de la France » (PDF), ou encore Brice M., référent régional de « Génération identitaire » (GI) qui deviendra son assistant parlementaire, ou encore la « Ligue du Nord » (LN), que le fonctionnaire rencontrera en 2022 [13] [14].

Acteur historique et majoritaire, « Alliance » a pris un tournant d’extrême droite dès la fin des années 2010 [15]. Relais de fakes-news [16], attaques contre la liberté de la presse [17], remise en cause de la justice [18], proximités avec Marine le Pen et Éric Zemmour [19], usage des termes « sous êtres humains » [20] et « nuisibles » [21], appels à la « résistance » contre le gouvernement [22], en sont autant d’exemples. Au local, la trame suit : mobilisation sur Montbéliard visant la gestion des « gilets jaunes » [23], actions devant les commissariats de Belfort [24] [25] et Vesoul [26] après le meurtre de George Floyd pour exiger le maintien de la « clé d’étranglement », mouvement de grogne à Lons-le-Saunier suite à la mise en examen d’agents suspectés d’avoir tabassé des manifestant·e·s [27], rassemblement à Besançon en soutien au policier ayant tué Nahel Merzouk [28], interview du secrétaire régional à « Sud radio » [29], etc.

Même en l’absence d’une structure particulière, il arrive que des protagonistes se coordonnent au sein d’horizons communs particuliers. Ce fut par exemple le cas avec la manifestation d’opposant·e·s à une conférence des catholiques conservateurs « d’Alliance VITA », le 30 janvier 2023 au centre diocésain de Besançon. L’évènement perturbé, une cohorte de la « Brigade Anti-Criminalité » (BAC) prend en chasse les protestataires alors que la justice se charge de diligenter une enquête. Tout semble ensuite cousu de fil blanc, de l’instruction au jugement : un parquet dont le procureur n’hésite pas à intervenir chez les « Dominicaines de Béthanie » pour le « pèlerinage Lataste », un chef d’enquête qui barde son bureau d’effigies votives et admet être « un fervent pratiquant », jusqu’au président de la cour alors composée qui reconnaitra seul faire l’objet d’un conflit d’intérêt de par ses connivences personnelles avec la partie civile [30].


Sources.

[1] S.C. pour « France 3 Franche-Comté », édition du 20 janvier 2020 : « Besançon : un policier a-t-il tenu des propos homophobes face à des manifestants ? » (lien) ;
[2] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 30 janvier 2025 : « Karim Touil, une victoire contre l’État » (lien) ;
[3] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 16 septembre 2025 : « Épinglée pour la diffusion d’un visuel jugé raciste, la police nationale du Doubs le retire en catimini » (lien) ;
[4] Sophie Courageot pour « France 3 Franche-Comté », édition du 17 juin 2021 : « Belfort : ce que l’on sait sur ce policier qui aurait tracé une croix gammée sur le toit de la maison de son père » (lien) ;
[5] Jacques Leclercq, Dictionnaire de la mouvance droitiste et nationale de 1945 à nos jours, Paris, L’Harmattan, 2008, 693 pages, pages 196-197 (ISBN 9782296064768) ;
[6] Alain Leauthier pour « Libération », édition du 2 août 1996 : « Le PNFE, groupuscule néonazi français » (lien) ;
[7] « Le Monde », édition du 1er avril 1990 : « Inculpés d’association de malfaiteurs dans des attentats racistes Quatre policiers membres de la FPIP ont été révoqués pour violation du code de déontologie » (lien) ;
[8] Bulletin d’information du groupe de travail « Ripostes syndicales face à l’extrême-droite » de l’union syndicale Solidaires, édition d’octobre 2020 : « Le syndicalisme d’extrême droite dans la police » (lien) ;
[9] Philippe Lamy pour « Droits et Libertés » de la « Ligue des Droits de l’Homme », édition de juillet 2024 : « La relation ambiguë extrême droite-police » (lien) ;
[10] Toufik-de-Planoise pour le blog de « Factuel.info », édition du 5 mars 2015 : « Besançon : quelle place pour l’extrême-droite dans la police ? » (lien) ;
[11] Toufik-de-Planoise pour « Factuel.info », édition du 30 septembre 2019 : « Dans le Doubs aussi, les médailles « Gilets jaunes » de la police posent question » (lien) ;
[12] Jérémy Chevreuil pour « France 3 Franche-Comté », édition du 3 avril 2019 : « Gilet Jaune matraqué à Besançon : « Le coup au visage n’est pas intentionnel » selon un collègue du policier » (lien) ;
[13] Toufik-de-Planoise pour « Kawa TV », édition du 1er juillet 2022 : « Antoine Villedieu, une histoire de l’extrême-droite comtoise » (lien) ;
[14] « Les Affiches de la Haute-Saône », édition du 27 avril 2022 : « Législatives : Antoine Villedieu candidat du Rassemblement National sur la 2ème circonscription » (lien) ;
[15] Isis Marvyle pour « l’Humanité », édition du 5 juillet 2024 : « Face à la montée de l’extrême droite, les propos décomplexés du patron d’Alliance » (lien) ;
[16] David Perrotin pour « le Nouvel Obs » édition du 21 janvier 2015 : « Quand le syndicat de police Alliance exigeait que Charlie Hebdo ne soit plus protégé » (lien) ;
[17] Juliette Bénézit pour « le Monde », édition du 29 mai 2020 : « Une proposition de loi d’Eric Ciotti pour empêcher la diffusion d’images de policiers suscite un tollé » (lien) ;
[18] Tomas Statuis pour « Libération », édition du 25 mai 2021 : « « Quand on est policier, on n’a pas à s’immiscer dans les affaires de la justice » » (lien) ;
[19] « Le Monde », édition du 2 février 2022 : « Élection présidentielle 2022 : Marine Le Pen, Valérie Pécresse et Eric Zemmour ont passé leur grand oral devant le syndicat de police Alliance » (lien) ;
[20] Félicia Sideris pour « TF1 », édition du 12 août 2019 : « Un syndicat policier a-t-il comparé le comportement des manifestants à celui de « sous êtres humains » ? » (lien) ;
[21] Jacques Pezet pour « Libération », édition du 30 juin 2023 : « Mort de Nahel : les syndicats Alliance et Unsa-Police se disent « en guerre » contre des « nuisibles », la gauche dénonce une « menace de sédition » » (lien) ;
[23] Catherine Eme-Ziri pour « France 3 Franche-Comté », édition du 20 mars 2019 : « Montbéliard : les policiers sont en colère » (lien) ;
[24] Thibault Quartier pour « le Trois », édition du 11 décembre 2020 : « Belfort : 35 policiers devant la préfecture pour dénoncer « une image dégradante » » (lien) ;
[25] Jonathan Landais pour « France Bleu », édition du 15 juin 2020 : « Belfort : plusieurs dizaines de policiers manifestent devant le commissariat » (lien) ;
[26] S.M. pour « l’Est Républicain », édition du 18 juin 2020 : « Les policiers en colère jettent  menottes et brassards à terre à Vesoul » (lien) ;
[27] Sabrine Zahran pour « le Progrès », édition du 26 juillet 2023 : « À Lons-le-Saunier et Dole, des policiers en colère en soutien à leur collègue marseillais » (lien) ;
[28] Sophie Courageot pour « France 3 Franche-Comté », édition du 5 mars 2025 : « Mort de Nahel : un policier bientôt jugé pour meurtre, « un signal désastreux » pour la profession selon le syndicat Alliance » (lien) ;
[29] « Sud radio », édition du 20 août 2024 : « À Besançon, un dispositif mis en place pour protéger les seniors après la hausse des agressions » (lien) ;
[30] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 9 août 2024 : « À Besançon, l’ombre persistante des anti-IVG » (lien).