Front comtois

Suite à la fondation du « Bloc identitaire » en 2002, de nombreuses émanations locales apparaissent partout en France [1]. C’est aussi le cas dans la région, avec l’association « Jeunesse Identitaire Séquanie » puis « Franche-Comté » à partir de 2005 [1] ; laquelle sera toutefois dissoute par arrêté préfectoral, trois ans plus tard, ses membres étant mis en cause dans la profanation d’un chantier de mosquée à Belfort, avec tête et sang de porc ainsi qu’inscriptions racistes, le 23 octobre 2006, la nuit de l’Aïd el-Fitr [1] [2]. Refondée sous l’intitulé de « Front comtois » en 2009-2010 [1], sa ligne s’écarte toutefois de ses fondamentaux initiaux pour adopter une vision davantage « nationaliste révolutionnaire ». Surtout active dans une zone allant de Montbéliard à la frontière alsacienne [1], ce catalyseur de l’extrême droite [3] [4] réunit alors entre une trentaine [5] et une centaine [6] de sympathisant·e·s dont l’essentiel des bonheads et ancien·ne·s du « Front national » (FN) [4] [7].

Concrètement, la formation s’inscrit donc dans une volonté de synergie qui rassemble un spectre allant des souverainistes aux néonazis, assumant des pratiques incluant l’incitation à la haine et le recours à la violence physique, avec des positions relevant du racisme, de la xénophobie, de l’islamophobie, de l’arabophobie, de la négrophobie, de l’antisémitisme, du négationnisme, de la LGBT+phobie, de l’antiféminisme, de l’antitziganisme, de l’anticommunisme, de l’apologie des modèles rexistes et génocidaires serbes, ou de l’antiparlementarisme et de l’antilibérialisme [1] [4] [7] [8]. La presse régionale qualifie son corpus de « brûlot aux sinistres relents racistes, prosélyte d’une Franche-Comté qui serait débarrassée de ses étrangers, surtout Maghrébins, chantre d’une Europe d’où l’islam serait banni » [9] en considérant ses écrits comme « intolérables, inqualifiables, insoutenables et répréhensibles par la loi, incitant explicitement à la haine raciale et confessionnelle » [10].

On retrouve ainsi les militant·e·s du « Front comtois » dans des opérations concordant avec cet état d’esprit, bien que réunissant une dizaine de protagonistes tout au plus [1]. En mars et juin 2009 à Dole et Belfort, ielles perturbent un « cercle du silence » mis en place par « Réseau éducation sans frontières » (RESF) avec masques de cochon et slogans « xénophiles collabos » [1] ; le 20 novembre 2010 à Besançon, ielles se muent en service d’ordre pour soutenir la prière de rue anti-IVG des catholiques intégristes de « SOS tout-petits » avec saluts hitlériens [1] [11] ; en décembre 2010, un des responsables est épinglé pour l’achat massif de bombes lacrymogènes [1] [12] ; en mars 2011 ielles concourent à la programmation d’un concert de type RAC/NSBM visant à allouer des fonds aux partisan·e·s incarcéré·e·s pour la cause [1] [13] [14] ; régulièrement sur Lille ou Paris, ielles participent aux mobilisations de l’extrême droite radicale comme le « C9M » [1] [7] [15] [16].

Lors des élections régionales de 2010, la simple association bascule en parti avec l’émergence d’une coordination intitulée « Ligue comtoise – non aux minarets » aux côtés du « Mouvement national républicain » (MNR), de la « Nouvelle droite populaire » (NDP) ainsi que du « Parti de la France » (PDF) [7]. Malgré la prise de distance du « Front National » après une tentative de pourparlers [17] et les protestations relatives à la présence et l’intitulé de cette liste, celle-ci est jugée conforme au code électoral [18] [19] [20]. Avec à sa tête un certain Christophe Devillers, ses propositions s’axent sur un « arrêt du clientélisme de gauche », la « fin des subventions pour les structures faisant la promotion de cultures extra-européennes », l’attribution des aides sociales conditionnées aux « seules familles française », ou encore la « préservation du droit de chasse et de pêche » [21]. Malgré les polémiques et provocations, l’alliance n’obtient finalement que 9 820 voix soit 2,46 % des suffrages [22].

Mais alors que cette mutation devait affirmer son apogée, c’est au contraire à ce moment là que les premières failles apparaissent. Interdictions successives d’événements [13], procédures pénales engagées pour des publications discriminatoires [23] [24], scission en une branche paramilitaire et semi-clandestine qui deviendra les « Werwolf Sequania » [25], offensives antifascistes appuyées [1] [26], affaiblissent considérablement le mouvement. Le coup de grâce intervient dans le sillage d’un procès, le 8 décembre 2011 à Montbéliard, qui voit Gaëtan Perret, fondateur et président du « Front comtois », condamné pour « provocation à la discrimination » quant à divers textes de son site, écopant de 6 402 euros en amende ainsi qu’en dommages et intérêts [27] [28] [29] [30] [31]. Cartographiée dans le premier schéma national de l’extrême droite en 2012 [32], l’organisation se délite toutefois avant de disparaître à la fin de l’année [33].

 

Sources.
[1] « Comité de vigilance antifasciste de Franche-Comté », août 2011 : « À propos du Front Comtois : quelques éléments en vue de la dissolution du groupuscule néonazi » (lien) ;
[2] Thomas Calinon pour « Libération », édition du 26 octobre 2006 : « Tour de cochon à la mosquée de Belfort » (lien) ;
[3] Jacques Leclercq, « Droites conservatrices, nationales et ultras dictionnaire 2005-2010 », éditions l’Harmattan, 2010, 225 pages, ISBN 2296082645/9782296082649, page 223 ;
[4] Serge Lacroix pour « l’Est Républicain », édition du 7 septembre 2011 : « Front comtois : procès reporté » (lien) ;
[5] « L’Est Républicain », édition du 16 décembre 2011 : « Front Comtois: Gaëtan Perret coupable » (lien) ;
[6] Tatiana Vazquez pour « le Progrès », édition du 4 avril 2009 (lien) ;
[7] Mathieu Martiniere et Robert Schmidt pour « le Nouvel Observateur », édition du 22 février 2012 : « L’extrême droite en France, toujours dans l’ombre du Front national » (lien) ;
[8] Laurent Grenoble pour « le Post », édition du 8 octobre 2011 : « Lille : manif de l’extrême-droite et protestations. Profils de néonazis » (lien) ;
[9] Alexandre Poplavsky pour « l’Est Républicain », édition du 19 février 2011 ;
[10] « L’Alsace », édition du 13 septembre 2011 : « Procès du Front comtois : l’affrontement judiciaire n’a pas eu lieu » ;
[11] « MaCommune.info », édition du 20 novembre 2010 : « Avortement: Besançon sous tension des extrêmes » (lien) ;
[12] « Le Post », édition du 25 février 2010 : « Franche-Comté : Drôles de photographies sur le site du Front comtois » (lien) ;
[13] Fred Jimenez pour « l’Est Républicain », édition du 17 mars 2011 : « Concert néonazi en Franche-Comté : le « cache cache » continue » (lien) ;
[14] « Le Point », édition du 18 mars 2011 : « Interdiction d’un concert néonazi prévu en Franche-Comté » (lien) ;
[15] « La Voix du Nord », édition du 7 octobre 2011 : « Lille : une manifestation demain pour barrer la route à la « frange la plus radicale de l’extrême droite » » (lien) ;
[16] Nondezeus sur « Dailymotion », publication du 14 juillet 2012 : « C9M 2012 : l’album complet du Front comtois » (lien) ;
[17] Q.B. pour « MaCommune.info », édition du 15 juillet 2011 : « Le Front Comtois poursuivi pour incitation à la haine raciale » (lien) ;
[18] « Courrier International », édition du 23 février 2010 : « Les musulmans, un mauvais argument de campagne » (lien) ;
[19] Abel Mestre et Caroline Monnot pour « le Monde », édition du 18 février 2010 : « Deux listes « anti-minarets » en Lorraine et Franche-Comté » (lien) ;
[20] « Ouest France », édition du 17 février 2010 : « Franche-Comté : la liste anti-minarets conforme » (lien) ;
[21] « MaCommune.info », édition du 20 février 2010 : « Régionales: la Ligue comtoise, rempart contre «l’islamisation» » (lien) ;
[22] « Ministère de l’Intérieur », « Résultat des élections Régionales 2010 – Franche-Comté » (lien) ;
[23] « L’Est Réublicain », édition du 19 février 2011 : « La dérive du Front Comtois: le groupuscule dérape » (lien) ;
[24] « MaCommune.info », édition du 19 février 2011 : « La justice s’intéresse au Front comtois » (lien) ;
[25] Fred Jimenez pour « l’Est Républicain », édition du 29 juin 2012 : « Sous l’œil de « Fafwatch » » (lien) ;
[26] Serge Lacroix et Jérôme Karasz pour « l’Est Républicain », édition du 11 octobre 2011 : « Le site du Front Comtois piraté ! » (lien) ;
[27] Florent Boutet pour « France 3 France 3 Franche-Comté », édition du 8 décembre 2011 : « Le procès du Front-Comtois sous haute-tension » (lien) ;
[28] Serge Lacroix pour « l’Est Républicain », édition du 9 décembre 2011 : « Front Comtois: le procès d’un « guignol », hier à Montbéliard » (lien) ;
[29] Sam Bonjean pour « l’Est Républicain », édition du 16 décembre 2011 : « Front Comtois: Gaëtan Perret coupable » (lien) ;
[30] « Le Figaro » avec « AFP », édition du 15 décembre 2011 : « Le Front Comtois condamné » (lien) ;
[31] Florent Boutet pour « France 3 France 3 Franche-Comté », édition du 15 décembre 2011 : « Gaétan Perret condamné à 3.000 euros d’amende » (lien) ;
[32] « La Horde », édition du 2 avril 2022 : « Schéma de l’extrême droite française [mise à jour janvier 2022] » (lien) ;
[33] Damien Poirier pour « MaCommune.info », édition du 11 mai 2014 : « Des tags néonazis en direction du Haut-Doubs » (lien) ;