Némésis
Lancé à partir de 2019, le « collectif Némésis » est un groupuscule identitaire qui, sous couvert de féminisme, promeut un discours violemment xénophobe, raciste, anti-islam, hostile aux droits LGBT+ [1] [2] [3] [4] [5]. Plusieurs de leurs cadres sont notamment passées par « l’Action Française » (AF) [6], la « Cocarde Étudiante » [6] ou le « Rassemblement National » (RN) [6], continuant d’entretenir des liens étroits avec ces organisations [6], mais aussi « Reconquête » (REC) [6] et la mouvance néonazie [6], en France, ainsi que « l’Union démocratique du centre » (UDC) [7] en Belgique et « CasaPound » [8] en Italie. Spécialisée dans les opérations spectaculaires afin d’exister dans l’espace politico-médiatique, les membres actives se comptent à quelques dizaines [4] [6].
Sur Besançon, une tentative d’implantation est relevée à partir de 2021, via de jeunes étudiantes, avec le concours de lepénistes passés au néofascisme, dont un alors déjà condamné pour violences sexistes et sexuelles [9]. Une section plus durable se relance courant 2023, sous l’égide de Yona F., d’abord fervente Loubavitch, devenue un temps égérie de la « gay pride » [10], pour finalement se tourner vers un catholicisme identitaire [11] [12] [13] au sein de la « Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre ». Si au départ, quelques amies la suivent dans ses collages et tractages, comme Othilie F.–Z. et Garance K.-M., retrouvant les trois dans un syndicat nationaliste universitaire [14], elle ne parvient pas à fédérer de troupes, consacrant une section comtoise presque unipersonnelle.
Une réalité numérique compensée par les coups d’éclat et les renforts d’Île-de-France et de Suisse, par exemple lors de deux carnavals à Besançon en 2024 et 2026 [15] [16], durant un festival jurassien en 2024 [17], aux vœux municipaux d’Anne Vignot en 2025 [18], sur la manif du 25 novembre 2025 à Belfort, etc. Campagnes massives de visuels appelant à la « remigration » ou détournant la mort de Thomas Perotto [19], micro-trottoirs avec enregistrements sans le consentement de tiers·e·s [20], vague de cyber-harcèlement à l’encontre de la moindre opposition [19] [21], parade devant tout ce qu’une ville compte de micros et de caméras, les recettes sont toujours les mêmes. Mais, en-dehors d’un petit noyau à Belfort, les tentatives d’essaimer à Dole et Dijon furent un cuisant échec.
Localement, l’extrême droite n’en affiche pas moins sa solidarité. Le « Rassemblement National » (RN) en premier lieu, avec l’exhibition d’une pancarte de soutien en 2024 (Valérie Graby, Thomas Lutz, Géraldine Grangier, Nathalie Fisch, Christophe Soustelle, Thomas Laval, Jacques Ricciardetti et d’autres élu·e·s de Bourgogne [22]), une présence à un procès en 2025 (Valérie Graby [23]), la diffusion de messages chaleureux sur « Facebook » (Frank Bernard [24]), ou une participation à un rassemblement en 2026 (Christophe Soustelle et Guillaume Bigot [25]). Une lune de miel culminant par l’organisation d’un meeting en septembre 2025, qui devait comprendre Alice Cordier, Géraldine Grangier, Julien Odoul, ainsi que Jacques Ricciardetti et le reste de sa liste municipale [26].
Mais entre le désistement de l’hôte et l’effondrement du « RN » dans les sondages, l’alliance escomptée ne se scellera pas [27] et « Némésis » va vite miser sur Ludovic Fagaut [28]. Un éclectisme qui se poursuit plus marginalement, bien d’autres ententes s’étant nouer autour des bases de « Reconquête » (REC) [23] [29], de « l’Union Nationale Inter-universitaire » [14], ou encore de la « Cocarde Étudiante » [14]. Sans oublier les amitiés personnelles au-delà de « Némésis », les connivences avec Mila Orriols, empêtrée dans de nombreuses apologies racistes et totalitaires [30], ou Yohan Pawer, du collectif homonationaliste « Eros » [31], étant documentées à Besançon, en marge d’une procédure pénale les visant depuis le 4 avril 2026 pour violences avec arme et en réunion [11].
Avec la mort de Quentin Déranque en février 2026, « Némésis » va essayer de se placer en fédératrice des extrêmes droites. Lors d’un rassemblement sur Besançon, on retrouvait, chez la soixantaine de participant·e·s souvent venu·e·s de loin [32], les franges traditionalistes [32], un responsable du « cercle d’action légitimiste » [32], des fans de musique « NSBM » [32] et le conseiller municipal de Ronchamp Christophe Devillers [32] ; à Belfort, un représentant alsacien de « l’Action Française » [25], deux figures lepénistes [25], ainsi qu’un homme qui venait de vandaliser la permanence « LFI » de Florian Chauche [33]. Mais, là encore, au-delà des effets d’annonce, l’émulsion est restée faible, plusieurs branches, comme les « Vandal Besak/Lons », refusant même de s’associer à cette synergie [34].
Sources.
[1] Rémi Yang pour « StreetPress », édition du 3 décembre 2019 : « Némésis, le groupuscule d’extrême-droite qui se dit féministe » (lien) ;
[2] Laure Dasinieres pour « Slate », édition du 19 novembre 2021 : « Les petits secrets du Collectif Némésis, ces « Femen d’extrême droite » » (lien) ;
[3] Sarah Benichou pour « Médiapart », édition du 27 avril 2022 : « Némésis, ces féministes identitaires au service du « camp national » » (lien) ;
[4] Julien Chavanes pour « le Monde », édition du 24 novembre 2024 : « Némésis, des identitaires grimées en féministes » (lien) ;
[5] Paula Pinto Gomes pour « la Croix », édition du 9 mars 2025 : « Droits des femmes : qu’est-ce que le collectif Némésis, proche de l’extrême droite ? » (lien) ;
[6] « StreetPress », fiche « Némésis » (lien) ;
[7] Sandra Porchet pour « LaCote », édition du 3 octobre 2023 : « Junge Tat, Mass-Voll, Némésis: l’UDC joue-t-elle avec le feu ? » (lien) ;
[8] Etienne Baldit, Pierre Plottu et Maxime Macé pour « Libération », édition du 23 janvier 2025 : « Bruno Retailleau adoube le collectif d’extrême droite Némésis, dont il partage le « combat » » (lien) ;
[9] Toufik-de-Planoise, publication « Twitter » du 8 novembre 2023 (lien) ;
[10] Arnaud Castagné pour « l’Est Républicain », édition du 15 mai 2021 : « Besançon : 300 manifestants LGBT défilent dans les rues contre l’homophobie » (lien) ;
[11] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 4 avril 2026 : « Dans l’affaire Quentin Deranque, un protagoniste originaire de Besançon » (lien) ;
[12] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 7 avril 2026 : « Mila Orriols et Yohan Pawer agressé·e·s à Besançon, un récit victimaire bidonné » (lien) ;
[13] Frank Roussel pour « l’Est Républicain », édition du 7 avril 2026 : « Besançon : l’extrême droite et la justice expresse sur les réseaux sociaux » (lien) ;
[14] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 14 mars 2025 : « À l’université Marie et Louis Pasteur, l’extrême droite en lice » (lien) ;
[15] Lucie Thiery pour « France 3 Franche-Comté », édition du 9 avril 2024 : « Besançon. La garde à vue d’une militante du collectif identitaire Némésis levée, son matériel informatique saisi » (lien) ;
[16] Nadwo pour « le Ch’ni », édition du 12 avril 2025 : « À Besançon, Nemesis gâche (encore) la fête » (lien) ;
[17] Isabelle Brunnarius et Sophie Courageot pour « France 3 Franche-Comté », édition du 20 mai 2024 : « Non à la haine de l’autre : à Dole, des citoyens arrachent les banderoles du collectif Némésis d’extrême droite » (lien) ;
[18] Margaux Bonfils pour « France 3 Franche-Comté », édition du 9 janvier 2025 : « « Provocation à la haine raciale », le collectif identitaire Némésis interrompt les vœux d’Anne Vignot, maire de Besançon » (lien) ;
[19] Emma Audrey pour « radio BIP », édition du 29 novembre 2023 : « Doxing, harcèlement en masse, menaces de mort : Toufik de Planoise ciblé par l’extrême droite » (lien) ;
[20] Serge Spadiliero pour « le Progrès », édition du 18 janvier 2026 : « Une militante du collectif Nemesis placée en garde à vue à Lons-le-Saunier » (lien) ;
[21] Emma Meulenyser pour « l’Humanité », édition du 19 août 2025 : « Némésis, le collectif d’extrême droite qui provoque le cyberharcèlement de militantes féministes et d’élues de gauche » (lien) ;
[22] « Le Monde », édition du 11 avril 2024 : « Des élus RN de Bourgogne-Franche-Comté brandissent des affiches xénophobes en plein conseil régional » (lien) ;
[23] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 6 juin 2025 : « Un procès « Némésis » sous tension » (lien) ;
[24] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 24 avril 2026 : « Théories racistes, visuels anti-LGBT+, soutien à Trump… Le profil « Facebook » secret de Franck Bernard, élu vice-président du Grand Besançon » (lien) ;
[25] Benjamin Cornuez pour « l’Est Républicain », édition du 18 février 2026 : « Mort de Quentin : l’hommage du collectif identitaire Némésis et des cadres du RN à la cathédrale Saint-Christophe » (lien) ;
[26] Alexane pour « MaCommune.info », édition du 18 septembre 2025 : « Municipales à Besançon : le Rassemblement national et Némésis main dans la main pour soutenir Jacques Ricciardetti » (lien) ;
[27] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 12 mars 2026 : « Aux municipales de Besançon, un « Rassemblement National » aussi lisse que possible » (lien) ;
[28] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 18 mars 2026 : « « Rassemblement National », « Némésis », « Mouvement Franche-Comté »… Implicites ou limpides, Ludovic Fagaut multiplie les soutiens embarrassants » (lien) ;
[29] Arthur Weil-Rabaud et Daphné Deschamps pour « StreetPress », édition du 12 février 2024 : « Le sénateur Ravier remet une médaille en bois aux identitaires de Némésis » (lien) ;
[30] Yannis Angles pour « StreetPress », édition du 23 janvier 2026 : « Tee-shirt « Adidolf », salut nazi : l’influenceuse d’extrême droite Mila Orriols visée par une plainte » (lien) ;
[31] Benjamin Moisset pour « le Nouvel Obs », édition du 27 juin 2025 : « Qui est Yohan Pawer, à la tête d’Eros, ce collectif d’extrême droite qui veut participer à la Pride ? » (lien) ;
[32] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 15 février 2026 : « À Besançon, l’extrême droite rend un hommage à Quentin D. » (lien) ;
[33] Antoine Comte pour « France 3 Franche-Comté », édition du 21 février 2026 : « Il dégrade la permanence d’un candidat LFI « après la mort de Quentin » : un jeune homme condamné à Belfort » (lien) ;
[34] Nadwo pour « le Ch’ni », édition du 13 mars 2026 : « Après la marche d’hommage à Quentin Deranque, un regain d’activité des groupes néofascistes locaux ? » (lien).

