Reconstitution historique
Vitrine du « roman national », les reconstitutions historiques constituent un espace social et politique exalté par l’extrême droite [1]. Villages germano-celtiques, épopées vikings, conquêtes romaines, commanderies templières, campagnes des croisés, expéditions napoléoniennes, Seconde Guerre mondiale, constituent autant de périodes fantasmées [1]. Les sphères ultranationalistes tentent de s’approprier ces héritages, à l’occasion de festivités, comme observé de manière régulière en ruralité comtoise [2], ou à travers des structures dédiées, principalement à propos de l’ère médiévale [1]. Si ce phénomène reste encore minoritaire en France et en occident [1], plusieurs affaires témoignent cependant de cette réalité, comme à travers l’association faux-nez « Vent d’Europe » dès 2007 en Normandie [3], ou plus récemment dans la province de Québec [4].
Référence incontournable, les « Loups de Fenrir » proposent élévation d’un comptoir d’époque, démonstration de combat et évènements en écho aux Xe et XIe siècles [5] [6]. Lancée en 2013 à Chevroz (Doubs) par un petit cercle réactionnaire, on retrouve encore aujourd’hui certain·e·s déverser leurs visions sur les réseaux sociaux. C’est le cas de Nathanaël S., fondateur et figure tutélaire [5] [7] [8]. Sur « Facebook », le relais de personnalités (Le Pen, Zemmour, Collard, Philippot, Obertone…) et de titres (« Boulevard Voltaire », « Breizatao », « Valeurs Actuelles », « TV Libertés »…) se mue en attaques contre les wokes, les luttes LGBT+ ou le « grand remplacement ». À ces saillies succède une prose plus vive, d’une publication raillant la « commercialisation de peaux de Juifs » à des commentaires équivoques quant à l’iconographie reprenant la svastika [5] [9].
L’intéressé exprimera aussi ses sympathies pour Steven Bissuel, dirigeant du « Bastion Social », le jour même de sa condamnation du chef « d’incitation à la haine raciale et à la violence » [10], dénonçant cette décision comme le fait « d’un régime totalitaire et fasciste qui organise la destruction de notre civilisation, de notre héritage culturel, de notre ethnie », sous les « likes » de ses camarades ; ou laissera un avis sur la page « police nationale », livrant que « être français c’est par le sang » et exhortant les forces de l’ordre à soutenir « les manifestations patriotes des vrais français de souche ». Une situation loin d’être isolée, tant nombre de ses compagnon·ne·s s’illustrent à leur tour en blagues racistes, adhésion aux thèses nationalistes et soutien à des structures comme « Némésis ». Si le collectif n’a pas de visée purement politique, son atmosphère n’en reste donc pas moins partisane.
Dans la lignée, on retrouve les antennes de béhourd « Aquila Sequania » et son extension récente « Fera Sequania » [11]. Membre de la fédération de France, multipliant les concours internationaux et faisant les louanges de la presse, ses adeptes promeuvent l’escarmouche en armes et armures [11]. L’ensemble fut fondé en 2014 dans le Jura par Roman V.-G. et Dimitri J., ex-leadeurs du groupuscule pétainiste « Jeunesses Nationalistes Franche-Comté » (JNR-FC) d’Alexandre Gabriac [12]. Si la nouvelle entité « ne poursuit aucun but politique, confessionnel ou racial » selon ses statuts, les responsables s’illustrent cependant par leurs complaisances : pose auprès d’un char VIII Maus, selfie avec un tee-shirt « feminism is cancer », ou, en 2019, soirée entre adhérents et personnalités néonazies, la scène incluant le trésorier affublé des couleurs de la 33e division SS Charlemagne.
Sources.
[1] Nota Bene et Martin Bostal, interview du 7 février 2025 : « On vous explique tout sur la reconstitution historique » (lien) ;
[2] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 15 juillet 2024 : « En Haute-Saône, les activistes néonazis ne se cachent plus » (lien) ;
[3] Louis Larique pour « le Figaro », édition du 14 octobre 2007 : « Figurants ou néonazis ? Des reconstitutions sulfureuses » (lien) ;
[4] Simon Coutu pour « Vice », édition du 15 novembre 2018 : « Quand les néofascistes se prennent pour des Vikings » (lien) ;
[5] Stéphane Paris pour « Topo », édition de juin 2017 : « Des vikings dans le Doubs » (lien) ;
[6] « L’Est Républicain », édition du 21 septembre 2024 : « La vie dans un camp de Vikings recréée par les Loups de Fenrir » (lien) ;
[7] « Le Progrès », édition du 13 mai 2016 : « Un camp de Vikings s’installe au monastère royal de Brou » (lien) ;
[8] « Plus Besançon », édition du 9 mars 2020 : « Chevroz cultive l’esprit village » (lien) ;
[9] « Fuck Folkish », édition du 7 juillet 2016 : « Swastika, croix gammée stylisée circulaire, influence de Guido List » (lien) ;
[10] DM pour « France Auvergne/Rhône-Alpes », édition du 17 août 2018 : « Incitation à la haine raciale : une peine d’amende pour le chef du Bastion Social à Lyon » (lien) ;
[11] Laurent Ducrozet pour « France 3 Franche-Comté », édition du 25 mars 2019 : « Des tournois comme au Moyen-âge : immersion dans le Jura avec les combattants de Béhourd » (lien) ;
[12] Toufik-de-Planoise, édition du 31 mai 2013 : « Adorateurs du IIIe Reich et du Führer, ou le vrai visage des Jeunesses nationalistes Franche-Comté » (lien).

