La ligue comtoise – non aux minarets
Les 14 et 21 mars 2010 se tiennent les cinquièmes élections régionales françaises, qui, pour la Franche-Comté, doivent déterminer la composition des quarante-trois sièges de son assemblée, alors dominée par l’aile sociale-démocrate du « Parti Socialiste » (PS) menée par Marie-Guite Dufay. Si, à l’extrême droite, le « Front National » (FN) de Sophie Montel espère à minima conserver ses cinq élu·e·s notamment face à « l’Union pour un Mouvement Populaire » (UMP) d’Alain Joyandet, les sensibilités ultranationalistes saisissent l’écho d’une votation suisse, qui s’est tenue quelques semaines plus tôt, contre la construction de nouveaux minarets, pour reprendre des combats sur lesquels les lepénistes sont désormais jugé·e·s trop tièdes voir absent·e·s. C’est, dans ces conditions, qu’une coalition s’est formée, autour de quatre structures, sous la bannière « la ligue comtoise – non aux minarets » [1] [2].
Les organisations-membres ont toutes la particularité de se situer à la droite du « Front National » (FN), par lequel la majorité sont issues [3]. C’est le cas du « Mouvement National Républicain » (MNR) représentée par Gérard Cretin, scission portée en 1999 par Bruno Mégret et emportant de multiples cadres mais aux résultats insignifiants [4]. Même marginalité pour la « Nouvelle Droite Populaire » (NDP) avec Yvan Lajeanne, initiée par l’ex-député « FN » Robert Spieler en 2008 sur les cendres de « Alsace d’abord » [5]. Pas de changement avec le « Parti de la France » (PDF) de Christophe Devillers, fondé en 2009 par Carl Lang suite aux purges de Marine le Pen [4]. Reste le « Front Comtois » (FC), tenu par Gaëtan Perret, qui se distingue de cette filiation, s’inscrivant d’abord dans la tradition identitaire des années 2000 avant de basculer sur une ligne « nationaliste révolutionnaire » [6].
Les partis se sont réunis à Besançon le 21 décembre 2009, afin de trancher des places et des thèmes. Leur premier communiqué assume « une démarche de rassemblement de la droite nationale, patriotique et identitaire face aux vieux partis du système » qui se veut « en rupture de ban avec les méthodes du couple Sennerich-Montel » [7]. Sur les axes et objectifs, la synergie souhaite « transformer cette élection en référendum local contre les minarets et plus généralement contre l’islamisation de notre société dans le but d’éveiller les consciences et de répondre au mépris affiché par le pouvoir qui ne cesse d’ignorer la volonté du peuple souverain » [7]. Concrètement, on retrouve des propositions telles que la consécration des aides sociales aux seules familles françaises, l’arrêt des subventions aux entités promouvant les « cultures extra-européennes », ou le soutien des dispositions relatives à la chasse et à la pêche [8].
Si les conférences de presse se veulent lisses, la propagande n’hésite pas à brandir des slogans comme « ni minarets, ni burqas » ou « islam, hors d’Europe » [9]. Aussi, l’intitulé de la liste suscite une polémique nationale, ainsi que des demandes d’invalidation préfectorale [10], qui ne seront pas suivies [11]. La « ligue » obtient 9 820 voix soit un total de 2,46 % des suffrages [12], qui se décomposent ainsi : 4 210 voix soit au total 2,41 % dans le Doubs [13], 2 074 soit 2,34 % des voix dans le Jura [14], 2 108 voix soit 2,26 % dans la Haute-Saône [15] et 1 428 voix soit 3,33 % dans le Territoire de Belfort [16]. À Besançon, elle obtient 412 voix soit 1,34 % des suffrages [17], 115 voix soit 2,17 % à Pontarlier [18], 180 voix soit 2,94 % à Montbéliard [19] et 42 voix soit 0,84 % à Vesoul [20]. Alors que les intentions de vote projetaient un plébiscite de 1 % [21], les protagonistes estiment que cette issue constitue une réussite.
Un tel ralliement constitue une première locale, mais « la ligue comtoise – non aux minarets » ne s’inscrira pas dans la durée, ses composantes étant morcelées entre une évaporation des forces vives constituées d’étudiant·e·s mouvant·e·s ou de retraité·e·s âgé·e·s, la disparition de formations déjà moribondes dont la « Nouvelle Droite Populaire » et « Mouvement National Républicain » ou liquidées par les condamnations pénales comme le « Front Comtois » [9] [22] [23], ainsi que l’échec d’une concurrence avec le « Front National » qui ne cessera de confirmer sa domination. Plusieurs cadres se rapprochent alors de ce dernier, que ce soit l’ex-« Front Comtois » Paul-Arnaud Croissant, affichant ses sympathies en Haute-Saône [24], ou surtout l’ancien « Terre et Peuple » et renégat lepéniste Yvan Lajeanne, devenu trésorier de section et suppléant de Carine Manck aux législatives de 2024 à Belfort [25] [26].
La tête de liste Christophe Devillers poursuit quant à lui au « Parti de la France » et adhère parallèlement à « Reconquête » en 2022, étant élu au conseil municipal de Ronchamps de 2014 à 2020 avant d’être condamné pour des propos racistes [27] et devoir renoncer à se représenter [28]. D’autres figurant·e·s se recycleront ailleurs, en particulier les ancien·ne·s du « Front Comtois » après que le leader Gaëtan Perret ait été reconnu coupable d’incitation à la haine [29] : sa compagne de l’époque, Laura Jacquot-Strich, prend la direction de l’antenne de « Troisième Voie » (TV) [24], quand Geoffrey Monnier apparaît chez les « Werwolf Sequania » (WS) [30] et Johan Tisserand passe par « la Caborne » [31], Bastien Morland, aux « Jeunesses Nationalistes » (JN) [32], ainsi que Jean-Christophe Vee, épinglé pour ses discours xénophobes [33], ferment cet échantillon d’itinéraires, dans la catégorie « sans étiquette ».
.
Sources.
[1] Djamel Bouatta pour « Courrier International », édition du 23 février 2010 : « Les musulmans, un mauvais argument de campagne » (lien) ;
[2] Abel Mestre et Caroline Monnot pour « le Monde », édition du 18 février 2010 : « Deux listes « anti-minarets » en Lorraine et Franche-Comté » (lien) ;
[3] Abel Mestre et Caroline Monnot pour « le Monde », édition du 12 novembre 2009 : « Dissidents, exclus et déçus du FN se rassemblent pour les régionales » (lien) ;
[4] Marc de Boni pour « le Figaro », édition du 22 septembre 2017 : « Le destin tragique des numéros deux du Front national » (lien) ;
[5] « Les Dernières Nouvelles d’Alsace », édition du 9 avril 2015 : « Interview par Robert Spieler » (lien) ;
[6] « Comité de vigilance antifasciste de Franche-Comté », août 2011 : « À propos du Front Comtois : quelques éléments en vue de la dissolution du groupuscule néonazi » (lien) ;
[7] « MaCommune.info », édition du 17 janvier 2010 : « Régionales : une liste à la droite de l’extrême droite » (lien) ;
[8] « MaCommune.info », édition du 20 février 2010 : « Régionales: la Ligue comtoise, rempart contre «l’islamisation» » (lien) ;
[9] « L’Est Républicain », édition du 19 février 2011 : « La dérive du Front Comtois: le groupuscule dérape » (lien) ;
[10] « France info », édition du 18 février 2010 : « Le CFCM et le MRAP protestent après l’enregistrement de deux listes d’extrême-droite « anti-minarets » » (lien) ;
[11] « Ouest France », édition du 17 février 2010 : « Franche-Comté : la liste anti-minarets conforme » (lien) ;
[12] « Ministère de l’Intérieur », « Résultat des élections régionales de 2010 en Franche-Comté » (lien) ;
[13] « Ministère de l’Intérieur », « Résultat des élections régionales de 2010 dans le Doubs » (lien) ;
[14] « Ministère de l’Intérieur », « Résultat des élections régionales de 2010 dans le Jura » (lien) ;
[15] « Ministère de l’Intérieur », « Résultat des élections régionales de 2010 en Haute-Saône » (lien) ;
[16] « Ministère de l’Intérieur », « Résultat des élections régionales de 2010 dans le Territoire-de-Belfort » (lien) ;
[17] « MaCommune.info », édition du 14 mars 2010 : « Régionales 2010 : les résultats définitifs à Besançon » (lien) ;
[18] « MaCommune.info », édition du 14 mars 2010 : « Régionales 2010 : les résultats à Pontarlier » (lien) ;
[19] « MaCommune.info », édition du 14 mars 2010 : « Régionales 2010 : les résultats complets à Montbéliard » (lien) ;
[20] « MaCommune.info », édition du 14 mars 2010 : « Régionales 2010 : les résultats complets à Vesoul » (lien) ;
[21] « MaCommune.info », édition du 11 mars 2010 : « Régionales : la gauche conserverait la Franche-Comté » (lien) ;
[22] Sam Bonjean pour « l’Est Républicain », édition du 16 décembre 2011 : « Front Comtois: Gaëtan Perret coupable » (lien) ;
[23] « Le Figaro » avec « AFP », édition du 15 décembre 2011 : « Le Front Comtois condamné » (lien) ;
[24]« Fafwatch », édition du 9 mars 2021 : « Vesoul : Génération Identitaire déjà soluble dans le RN » (lien) ;
[25] Jean-Yves Camus et Riss pour « Charlie Hebdo », édition du 8 juillet 2021 : « Congrès du RN : Marine Le Pen ronronne » (lien) ;
[26] Eva Chibane pour « le Trois », édition du 17 juin 2024 : « Législatives : retrouvez tous les candidats dans la 1ère circonscription du Territoire de Belfort » (lien) ;
[27] Maxime Macé et Pierre Plottu pour « Libération », édition du 19 septembre 2023 : « Trop radical pour les ultranationalistes, Christophe Devillers est toujours chez Reconquête » (lien) ;
[28] « L’Est Républicain », édition du 16 février 2026 : « Municipales 2026 : Christophe Devillers (Reconquête) renonce à sa candidature » (lien) ;
[29] Sam Bonjean pour « l’Est Républicain », édition du 16 décembre 2011 : « Front Comtois: Gaëtan Perret coupable » (lien) ;
[30] « Fafwatch Franche-Comté », édition du 28 juin 2012 : « Des agressions à Besançon ? » (lien) ;
[31] Toufik-de-Planoise pour « Toufik-de-Planoise.net », édition du 21 avril 2013 : « Enquête sur « la Caborne » et la nébuleuse néo-fasciste en Bourgogne/Franche-Comté, quand des maisons de l’environnement et des traditions dissimulent des identitaires radicaux » (lien) ;
[32] Toufik-de-Planoise, édition du 31 mai 2013 : « Adorateurs du IIIe Reich et du Führer, ou le vrai visage des Jeunesses nationalistes Franche-Comté » (lien) ;
[33] « L’Humanité », édition du 3 mars 2015 : « Le Front national vide son sac d’ordures » (lien).

