Régionalisme
Soucieuses de surfer sur des thématiques synonymes d’ancrage, de proximité et d’authenticité, mais aussi de « localisme face au mondialisme » [1], les mouvances d’extrême droite tentent de détourner les éléments historiques, patrimoniaux ou culturels relatifs à l’échelon régional. Mais, alors que le territoire concentre un fort potentiel en ce sens [2] notamment exploité par le « Mouvement Franche-Comté » [3], les organisations et militant·e·s du secteur semblent, au-delà de la simple allusion folklorique, finalement peu porté·e·s sur le sujet. Les dénominations les plus concrètes remontent ainsi aux années 2000-2010, du « Front Comtois », aux slogans volontiers portés sur le territoire [4], à « la Caborde », dont le nom est tiré de l’abri typique des vignerons du coin [5].
Aujourd’hui cette fibre a toutefois presque disparu du champs politique et métapolitique, supplantée par une vision autrement nationaliste et civilisationnelle, qui s’inscrit finalement dans une conception très jacobine de l’État. À l’exception des confidentiels groupuscules « les Téméraires » [6] et « Fraternité comtoise » [7], l’exaltation du terroir et des traditions se cantonne donc à l’agitation occasionnelle de quelques emblèmes. Ainsi, on retrouve parfois, surtout chez les néonazi·e·s dont les « Vandal Besak » [8], des pseudonymes ravivant les « Séquanes », peuplade celte originelle, l’usage de la « croix de Bourgogne », écho au passé médiéval et aux carlistes, rexistes et SS, ou la reprise de la devise traditionnelle, « Comtois, rends-toi ! Nenni, ma foi ! » [9].
Souvent indifférente et ignorante de sa propre histoire, l’extrême droite en est donc généralement réduite à des allusions sommaires, artificielles et fantasmagoriques. Quant aux rares franges qui tentent d’aller au-delà, elles se confrontent à des réalités gênantes pour leur récit : Immigration millénaire dans le secteur [10], traditions ouvrières dans divers bastions comme le pays de Montbéliard [11], devise associée à l’étendard régional qui stipule « là où flotte le drapeau comtois qui que tu sois tu es chez toi » [12], formant autant d’illustrations. Même les langues vernaculaires, le franc-comtois et l’arpitan, dont l’usage est inexistant dans ces cercles, abondent en ce sens, à travers les études et analyses contemporaines, des luttes anti-esclavagistes [13] au conflit « Lip » [14].
Sources.
[1] Lucie Delaporte pour « Mediapart », édition du 16 avril 2019 : « Le « localisme » signe la victoire des identitaires au RN » (lien) ;
[2] « NewCorpConseil », baromètre 2014 : « La fierté d’appartenance régionale des Français » (lien) ;
[3] Virginie Ballet pour « Libération », édition du 3 août 2015 : « Un mouvement franc-comtois fondu de la Suisse » (lien) ;
[4] Damien Bessot et Serge Lacroix pour « l’Est Républicain », édition du 8 décembre 2011 : « « Le Front Comtois » jugé à Montbéliard: le procès d’un guignol » (lien) ;
[5] Toufik-de-Planoise pour « Toufik-de-Planoise.net », édition du 8 avril 2013 : « Enquête sur « la Caborne » et la nébuleuse néo-fasciste en Bourgogne/Franche-Comté : quand des maisons de l’environnement et des traditions dissimulent des identitaires radicaux » (lien) ;
[6] Éléonore Tournier pour « l’Est Républicain », édition du 13 mars 2024 : « Faire des enfants pour lutter contre le grand remplacement : le projet des Téméraires en Bourgogne Franche-Comté » (lien) ;
[7] Toufik-de-Planoise pour « le Ch’ni », édition du 14 mars 2025 : « À l’université Marie et Louis Pasteur, l’extrême droite en lice » (lien) ;
[8] Toufik-de-Planoise pour « radio BIP/média 25 », édition du 16 août 2021 : « Pass sanitaire : à Besançon, les manifestants se désolidarisent d’un groupuscule néonazi » (lien) ;
[9] Nadwo pour « le Ch’ni », édition du 13 mars 2026 : « Après la marche d’hommage à Quentin Deranque, un regain d’activité des groupes néofascistes locaux ? » (lien) ;
[10] Alain Gagnieux, « Étrangers de chez nous – L’immigration dans le Doubs et à Colombier-Fontaines (1850-1950) », 2008, « Service éducatif des Archives départementales du Doubs », 167 pages, ISBN 9782860250115/2860250115 (lien) ;
[11] Anne Both pour « le Monde », édition du 29 mars 2026 : « Retour sur l’histoire du livre « Mémoires de l’enclave », enquête sur la vie ouvrière dans le pays de Montbéliard, publiée par l’écrivain Jean-Paul Goux dans les années 1980 » (lien) ;
[12] « Emblèmes de France », édition du 12 septembre 2009 : « drapeau de la Franche-Comté » (lien) ;
[13] Billy Fumey pour « le Ch’ni », édition du 18 mai 2026 : « Le Vœu de Champagney en franc-comtois, une initiative mémorielle » (lien) ;
[14] Billy Fumey pour « le Ch’ni », édition du 18 mai 2026 : « Les comtoiseries de Billy – épisode 2 » (lien).

